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Le Souvenir Francais de Chine

L'histoire des Francais de Chine racontée autrement…

Laos – Henri Mouhot, ce méconnu…

Posté par Claude Jaeck le 4 décembre 2009

 

 

Cherchez ce nom dans le dictionnaire, et même dans une encyclopédie, – le « Grand Larousse Encyclopédique », par exemple, vous ne le trouverez pas. Curieusement, ce Français, connu dans le monde anglo-saxon et qui y fut si apprécié en son temps, a laissé chez nous une trace insignifiante… Sous l’appellation d’un superbe coléoptère carabidé, le « mouhotia gloriosa », qu’il découvrit, comme des quantités d’autres espèces, dans la jungle du sud-est asiatique. Henri MOUHOT, en effet, était, de son véritable état, un naturaliste. Mais il devint bien autre chose, ses activités professionnelles ayant insensiblement amené cet homme, passionné de savoir, curieux de tout, et animé par un patriotisme désintéressé, à devenir un explorateur exceptionnel.

Henri MOUHOT est né en 1828 à Montbeliard. (2) Dès l’adolescence, il manifeste des goûts pour les voyages lointains et aventureux : à 18 ans, il part pour Saint Petersbourg où il obtient un poste d’enseignant de Français à l’Académie Militaire. Il met à profit ce séjour pour parcourir, pendant dix ans, l’immense empire des Tsars, et c’est la guerre de Crimée qui le contraint à rentrer en France. Mais le tournant de sa vie survient avec son mariage : il épouse une anglaise qui est la nièce de Mungo Park, célèbre explorateur britannique disparu lors d’une expédition dans la haute vallée du fleuve Niger.

gravure MOUHOT

Mais, en cette moitié du XIX ème siècle, nombreuses sont les terres lointaines qui s’ouvrent à l’exploration de quelques individus audacieux, entreprises souvent annonciatrices de l’expansion coloniale de l’Occident. En France, on commence à se passionner pour ce que l’on appelle déjà l’Indo-Chine, (que les géographes de l’époque écrivent – très sagement – en deux mots ), alors que les premiers établissements français sont fondés dans le sud de cette région, en Cochinchine (1859, prise de Saïgon ). Et c’est donc vers l’Asie du Sud-est que son goût de l’aventure va, cette fois, pousser Henri MOUHOT.

Voyage au « Royaume de Siam » ( 27 avril 1858 – 23 décembre 1858 )

 

Il propose alors ses services à plusieurs sociétés savantes françaises qui l’éconduisent, faute d’être pris au sérieux. Mais, en Angleterre, l’homme, déjà connu pour sa soif de découverte et ses dons pour le dessin et la peinture, obtient très vite le parrainage de la prestigieuse et vénérable Royal Geographical Society.

Citons les toutes premières lignes de son carnet de route : « Le 27 avril 1858, je m’embarquai à Londres sur un navire à voiles de très modeste apparence, pour mettre à exécution le projet que je mûrissais depuis quelque temps, celui d’explorer les royaumes de Siam, de Cambodge et de Laos et les tribus qui occupent le bassin du grand fleuve Mékong… ». En écrivant cette première phrase, il ne se doutait pas qu’il allait connaître un fabuleux et fatal destin.

Il débarque à Bangkok le 12 septembre, après plus de 4 mois de navigation : « Cité des anges », « Venise de l’Orient », Bangkok est déjà une escale très fréquentée sur les grandes routes maritimes reliant l’Occident à l’Extrême-Orient : missions religieuses, comptoirs commerciaux, essentiellement anglais et français, en font une cité cosmopolite, mais l’hinterland du « royaume de Siam », selon la dénomination de l’époque, est peu connu. Henri MOUHOT est reçu par le roi qui lui donne l’autorisation d’explorer le pays dans ses profondeurs. Il achète alors une petite pirogue où il embarque « deux rameurs, un chien, un singe et un perroquet » et l’aventure commence.

Cette première exploration dans une nature inviolée par l’homme blanc fût pour Henri MOUHOT l’occasion de se familiariser avec les populations et ses usages, d’apprendre à se déplacer et à vivre dans une nature souvent hostile et d’accumuler une somme considérable de connaissances, dans la faune comme dans la flore, qu’il consigne dans ses carnets. Cette expérience, jointe à une discipline de vie très stricte, allait par la suite lui permettre d’entreprendre les deux missions qui le feront connaître à travers le monde occidental de l’époque.

 

Voyage au « Royaume de Cambodge » La découverte d’Angkor ( 23 décembre 1858 – 4 avril 1859 )

 

Au « Royaume de Siam », l’influence britannique lui apparaît déjà prépondérante : c’est pourquoi il se met à rêver d’explorer le royaume voisin du Cambodge, où la France lui semble avoir de meilleures chances d’un établissement durable, alors que notre pays commence à s’affirmer dans la Cochinchine toute proche.

Le 23 décembre 1858, il quitte Bangkok à bord d’une simple barque de pêcheur et, après avoir exploré les archipels du golfe du Siam, au prix de réels dangers (naufrage, présence de pirates), il aborde le rivage cambodgien à Kampot, le seul petit port dont dispose le Cambodge à cette époque. A peine débarqué, il est servi par la chance : le roi, qui visite ses provinces du sud, s’y trouve de passage ; apprenant qu’un français venait de débarquer, il le reçoit très chaleureusement, s’enquiert de son identité et de ses intentions et lui promet toute l’assistance dont il aurait besoin.

Henri MOUHOT reprend la route, avec tout un train de charrettes et une escorte, en direction d’Udong, alors siège d’un pouvoir royal ruiné par les entreprises belliqueuses des Siamois et des Annamites qui, dans le but concurrent d’annexer le petit royaume, s’y livrent à une guerre permanente. Hormis quelques religieux isolés dans leurs missions, Henri MOUHOT est ainsi le premier français à entrer dans la cité royale et le premier étranger à pénétrer dans les appartements royaux, où le reçoit, en l’absence du roi en visite dans le sud du royaume, le « second roi », probablement, selon la tradition en usage dans les dynasties khmères, l’un des frères du souverain.

Fort de l’appui des deux maîtres du moment, qui ne lui ménageront jamais aide et protection, il part reconnaître des territoires inviolés, peuplés des « sauvages Stiengs », dont il étudiera les mœurs, montrant à cette occasion de réelles qualités d’ethnologue.

Puis il se dirige vers l’ouest du pays, attiré par des rumeurs selon lesquelles un immense palais, oublié et englouti dans la jungle, a pu servir de capitale à un « grand empire khmer ». Dans des temps immémoriaux. Pour s’y rendre, il remontera le grand lac Tonlé-Sap, constatant à cette occasion le phénomène de l’inversion du courant des eaux à l’entrée de ce qu’il appelle justement la « petite Méditerranée du Cambodge », et franchit sans difficulté, au milieu du lac, la frontière avec le Siam, marquée à cet endroit par un mât, en guise de poteau-frontière, enfoncé dans une eau peu profonde. Il lui faut bien admettre que le Siam, en annexant la province de Battambang un siècle plus tôt, s’est copieusement servi et que le petit royaume de Cambodge, devenu vassal du roi de Siam, se réduit avec le temps comme peau de chagrin, alors que, dans le même temps, il est peu à peu grignoté à l’est par l’expansionnisme annamite.

Il ne s’attarde pas à Battambang, où il a été accueilli par un missionnaire français du lieu, le Père Sylvestre, et se met en route vers la cité mythique, accompagné du religieux. Après trois jours de marche dans la brousse, à travers une région inhabitée, c’est soudain le choc.

Mais laissons parler le découvreur : « Vers le 14ème degré de latitude et le 102ème de longitude à l’orient de Paris, se trouvent des ruines si imposantes, fruit d’un travail tellement prodigieux, qu’à leur aspect, on est saisi de la plus profonde admiration, et que l’on se demande ce qu’est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces œuvres gigantesques… L’un de ces temples figurerait avec honneur à coté de nos plus belles basiliques : il l’emporte pour le grandiose sur tout ce que l’art des Grecs et des Romains a jamais édifié …Un travail de géants !… Travaux prodigieux dont la vue seule peut donner une juste idée, et dans lesquels la patience, la force et le génie de l’homme semblent s’être surpassés afin de confondre l’imagination… Mais quel Michel-Ange de l’Orient a pu concevoir une pareille œuvre ? … »

Son enthousiasme est sans bornes et il se met aussitôt au travail pour inventorier le monument. Certains auteurs ont pu mettre en doute la paternité d’Henri Mouhot dans cette découverte, en invoquant le fait que des européens, en particulier des missionnaires, étaient passés par-là avant lui.

C’est ainsi que l’on peut penser que le Père SYLVESTRE, qui devait l’accompagner jusqu’à Angkor Vat, « connaissait » le site ; mais Henri MOUHOT fut le premier à le reconnaître « scientifiquement » : Pendant plus d’un mois, il va relever les moindres détails, arpenter, mesurer, dessiner, décrire l’immense périmètre contenant ces merveilles. Et quand ses travaux parviendront en Europe, c’est l’émerveillement. Là est toute la différence entre  » Connaître » et « Découvrir » : En vérité, Henri MOUHOT est bien le « découvreur » d’Angkor et son nom restera à jamais attaché à la révélation à l’Humanité moderne de ce que d’aucuns commenceront à évoquer comme la 8ème merveille du Monde.

Angkor WatLes façades septentrionale et occidentale du temple d’Angkor-Wat, telles qu’elles apparurent à Henri MOUHOT et à son compagnon de route, le R.P. SYLVESTRE. Dessin d’Henri MOUHOT (1859)

Angkor Wat 2Pavillon central d’Angkor Wat

En route vers le Nord-Laos. Découverte de Luang-Prabang. ( 12 avril – 10 novembre 1861 )

 

De retour à Bangkok, Henri MOUHOT entame la préparation de son autre grand projet : la reconnaissance du Nord-Laos, région encore inexplorée par les Occidentaux à cette époque (13). Pour y accéder, il choisira l’itinéraire le plus direct qui consiste à atteindre le plateau de Korat, bassin versant occidental du Mékong et en maintenant, autant que faire se peut, une direction générale nord-est, puis, à partir de Korat, en progressant plein nord : il est ainsi certain de « buter » sur le grand fleuve Nam Mae Khong, la « mère des eaux », (dont les Occidentaux ont fait « Mékong »).

Le très vaste plateau de Korat, légèrement incliné vers le Mékong, est une région pauvre, peuplée de Laotiens vassalisés par les Siamois et groupés en gros villages espacés ; les transports se font à dos d’éléphants, qui abondent dans la région et c’est dans cet équipage qu’Henri MOUHOT réalisera tout son déplacement, les pistes n’étant pas praticables aux charrettes attelées et les cours d’eau, nombreux mais de faible débit, ne permettant pas la navigation à cette époque de l’année.(en plus du fait que la plupart d’entre eux sont orientés ouest-est).

Il atteindra le Mékong à Pak-Lay le 24 juin 1861, après six semaines de voyage depuis Bangkok. II est impressionné par la majesté et la puissance du fleuve et il fait des appréciations étonnantes qui se révéleront exactes par la suite : il estime qu’il est à 1600 kilomètres, au moins, de l’embouchure du Mékong et il déduit, compte tenu de la masse énorme des eaux qu’il roule, que ce fleuve doit prendre sa source beaucoup plus loin que ceux qu’il a précédemment rencontrés, l’Irrawaddy, le Salouen, et le Ménam, et « probablement dans les hauts plateaux du Tibet ». Intuitions géniales ! Cependant, il comprend mal pourquoi le chef de district de Paklay lui déconseille d’emprunter la voie d’eau pour atteindre Luang -Prabang ( probablement en raison de la violence du courant et de la présence de rapides : en juillet, les eaux du fleuve sont déjà gonflées par les premières pluies de mousson qui commencent dès le mois de mai au Laos central ).

C’est donc toujours à dos d’éléphant qu’il poursuivra son voyage jusqu’à Luang-Prabang, en empruntant la piste PakLay-Thadeua, qui s’écarte peu ou prou de la rive droite du Mékong. (3) A Tha-Deua, il traverse le fleuve pour entreprendre sa dernière étape (4).

En abordant la petite cité, il éprouve un sentiment de déception. « Quoi ? », pense-t-il, « est-ce vraiment là cette ville fabuleuse dont l’avait entretenu Mgr. Pallegoix (5), avec ses prétendus quatre-vingt mille habitants cités dans son ouvrage sur le Siam ? ». Une fois arrivé, cependant, il tombe vite sous le charme, comme le feront tous les visiteurs occidentaux qui lui succéderont. La ville est petite, ( il évalue sa population à sept mille habitants ), mais sa situation et son cadre naturel l’enthousiasment : « un petit paradis », écrira-t-il dans ses carnets. Il est reçu par le roi de Luang-Prabang, « avec une pompe mirobolante » (sic) et entreprend sans plus attendre des reconnaissances dans les vallées des deux affluents importants de la région : la Nam- Kane et la Nam-Hou.

Fin d’une aventure.

 

La fin d’Henri MOUHOT est proche. En a-t-il le pressentiment ? A-t-il déjà ressenti les premiers symptômes d’un de ces maux qu’il ne connaît que trop bien pour avoir vu disparaître tant de ses compagnons de route, tant de villageois ? Nous sommes en septembre et, dans ces hautes vallées du Nord-Laos, la malaria, le typhus de brousse et autres « fièvres » encore inconnues du monde savant, resurgissent immanquablement à chaque saison des pluies.

Mouhot bivouac LPL’un des derniers bivouacs où le naturaliste-explorateur-peintre se met en scène, prenant des notes ou dessinant. Ici, il est tout près d’atteindre LUANG PRABANG. Au fond, les éléphants de la caravane regroupés pour passer la nuit. (juillet 1861)

Toujours est-il que, depuis le 5 septembre, il ne tient plus son journal de voyage. Le 15 octobre, il décide de revenir à Luang-Prabang. Le 19, sur le chemin du retour, il écrit ces quelques mots : « je suis atteint de la fièvre » . Enfin, le 29, une dernière ligne, qui est un cri d’angoisse : « Ayez pitié de moi, ô mon Dieu !… ». Le 7 novembre, il tombe dans un état comateux et décède trois jours plus tard, le 10 novembre 1861, avant d’avoir pu atteindre Luang-Prabang, distant de moins d’une heure de pirogue.

Ainsi s’achève, dans le plus grand dénuement moral et physique, loin des siens et de son pays, la vie d’un français au destin exceptionnel, qui consacra son existence à la science et à la découverte d’un monde encore en grande partie inexploré, tout en ayant à l’esprit la pensée permanente d’œuvrer pour son pays.

En dépit de l’amnésie inexplicable qui, de nos jours et en France, recouvre jusqu’à son nom, son mérite apparaît encore plus grand depuis que deux des sites les plus prestigieux de l’Indochine, le temple d’Angkor-Vat et la cité de Luang-Prabang, ceux-là même qu’il révéla au monde occidental, ont été classés au patrimoine mondial de l’humanité par les Nations-Unies ( UNESCO ).

Chez nous, cet homme est tombé dans l’oubli : nul mémorial, nul monument ne l’honore en France, nulle rue à Paris pour rappeler seulement son nom.

Epilogue

 

Henri MOUHOT fut inhumé, semble-t-il, sur les lieux mêmes de sa mort : près de l’actuel village de Ban Phanom, à 10 kilomètres de Luang-Prabang, sur la rive sud de la Nam-Khane et, probablement, au dessus du niveau des plus hautes eaux.

En 1866, une mission dirigée par le commandant Doudard de Lagrée, reçoit la charge de reconnaître le cours du Mékong jusqu’en Chine. Lors de son séjour à Luang -Prabang, en mai 1867, elle procède à l’édification d’un monument sur la sépulture d’Henri MOUHOT.

Vingt ans plus tard, en 1887, Auguste PAVIE, autre découvreur dont le charisme fit merveille au Laos, nommé vice-consul à Luang-Prabang , fera procéder à la reconstruction du petit édifice. Mais il n’en fera nulle mention dans ses écrits.

stele de PavieGravure représentant la tombe d’Henri MOUHOT, dessinée par un membre de la mission Francis GARNIER-DOUDARD DE LAGREE, après son élévation en 1887.On remarquera que la construction a été établie sur terrain plat et dans une vaste clairière, ce qui n’est pas le cas de la tombe actuelle, implantée sur une berge en forte déclivité et cernée par une jungle très épaisse. L’architecture est également différente.

 

Faute d’entretien, la tombe a probablement été engloutie entre-temps par la jungle. Toute trace de la sépulture d’Henri MOUHOT a-t-elle à jamais disparu ? Tout à fait fortuitement, en 1990, quelques membres d’une organisation internationale, à la faveur d’une halte sur la bord de la rivière, découvraient, enfoui dans la végétation, un monceau de briques disloquées : la tombe d’Henri MOUHOT était formellement identifiée.

L’ambassadeur de France en poste au Laos à cette époque, M. Daniel Dupont, – qui était aussi un homme de cœur-, comprit vite toute l’importance de cette découverte et fit entreprendre aussitôt, sur ses deniers personnels, les travaux de restauration.

La municipalité de Montbéliard, de son coté, envoya une plaque de marbre portant cette simple inscription : « La ville de Montbéliard fière de son enfant. 1990 »

Maintenant, avec le développement touristique considérable que connaît depuis peu le Laos et plus particulièrement Luang-Prabang, les visiteurs du modeste monument sont de plus en plus nombreux. Ainsi se perpétue, au Laos sinon en France, le souvenir d’un français qui a consacré sa vie à la reconnaissance de terres lointaines, tout en servant la science et son Pays.

Je clôturerai cet article avec la citation d’un journaliste qui écrivait dans un grand quotidien du soir, à son retour d’un reportage dans le Nord Laos (6) « Dans le fouillis vierge et vert de collines boisées surplombant la presqu’île fluviale qui porte Luang Prabang, il (son guide) me désigne un point : « Là-bas est le tombeau d’Henri MOUHOT ! » Les français présents se regardent. L’un d’eux fait répéter : « Vous avez bien dit Henri Moore ? Mais qu’est-ce que ce sculpteur britannique (7) serait venu ficher ici ? ». « Non ! , réplique le guide, j’ai dit Henri MOUHOT, le découvreur d’Angkor…! »

« Alors remonte à ma mémoire la couverture toute usée d’un volume de la Bibliothèque Rose Illustrée : Voyage à Siam et dans le Cambodge. Le récit d’Henri MOUHOT fut lu religieusement dans les familles françaises durant cent ans. Il faut maintenant aller jusque dans ce Laos émergeant lentement de la fausse éternité marxiste-léniniste pour retrouver, nette encore, la figure hardie de ce voyageur indépendant qui s’élança, dès 1858, et sous le patronage moral – c’est-à-dire sans un penny – de la Société Royale Géographique de Londres, à la découverte de l’Indochina incognita, aucune institution française n’ayant accepté de s’intéresser à ce jeune et original découvreur d’Angkor et de Luang Prabang. ».

CRJ, Lherbier et HMLa tombe d’Henri MOUHOT dans son état  actuel. Photo prise par Claude R. Jaeck (à gauche à côté de Mr. Guy Lherbier) en 2008. Restaurée en 1990 par les soins de l’Ambassadeur de France au Laos, elle apparaît déjà avoir souffert des conditions climatiques. Menacée d’étouffement par la jungle, sa sauvegarde exige un entretien périodique.

 

Mais comment expliquer que la mémoire d’un français aussi exceptionnel ait pu disparaître nonseulement dans l’esprit de nos compatriotes, mais aussi de la reconnaissance ou de la simple vision historique des élites de notre pays ? ô ! Ingrate Patrie !

carte de l'indochineCarte de l’INDOCHINE, telle que cette région était connue en 1867. Les deux itinéraires suivis par HenriMOUHOT : en bleu, celui effectué dans sa recherche des temples d’Angkor, – voie maritime et voie terrestre -, en rouge, le chemin suivi pour atteindre Luang-Prabang.

1 « Carnets de voyage dans les royaumes de SIAM, de CAMBODGE et de LAOS » d’Henri MOUHOT.

2 Curieusement, c’est aussi le lieu de naissance de son aîné, le baron Georges Cuvier (1769-1832), autre naturaliste éminent, qui fut, de son temps, « comblé d’honneurs et de charges par tous les régimes », pour reprendre la formule du « Larousse ». L’infortuné Henri MOUHOT ne devait pas connaître la même renommée…

3 Plus d’un siècle et demi plus tard, en février 2000, j’ai effectué cet itinéraire à pieds et de bout en bout : la piste était probablement celle-là même qu’Henri MOUHOT avait empruntée…Le Laos avait si peu changé ! Il faut dire que la piste est restée, jusqu’à un passé récent, un mode d’acheminement plus rapide que la voie fluviale, dès qu’il s’agissait d’aller à contre-courant.

4 Il convient de préciser que les images illustrant cet article sont, le plus souvent, les dessins d’origine exécutés sur place par Henri MOUHOT lors de chacune des étapes de ses expéditions. La très grande qualité du travail a de quoi surprendre, compte tenu de son dénuement et de l’inconfort de sa situation. L’un d’eux représente son dernier bivouac, avant d’atteindre Luang Prabang, cité du Nord Laos alors inconnue et considérée comme mythique en Occident, où il parvint le 25 juillet 1861.

5 Mgr. Pallegois, évêque résidentiel à Bangkok, a accueilli Henri MOUHOT dès son arrivée au Siam et c’est lui même qui le présenta au Roi. Il est l’auteur d’un ouvrage très complet sur le Siam « Description du royaume Thay », édité à Paris en 1854 et qui fit longtemps autorité. Excellent connaisseur du Siam, les renseignements qu’il a pu , en revanche, lui donner sur le Nord-Laos sont sans doute très sommaires, voire inexacts, aucun étranger occidental n’étant encore parvenu à Luang-Prabang à cette époque. D’une façon plus générale, la lecture du livre d’Henri MOUHOT montre, qu’en cette moitié du XIXème siècle, l’implantation des missions religieuses catholiques au Siam était déjà importante, grâce, sans doute, à l’impulsion de la Société des Missions Etrangères. Il trouva toujours auprès de ces religieux aide et assistance, à tel point que l’on peut se demander si, sans leur concours généreux, il aurait pu mener à bien ses entreprises. En tous cas, Henri MOUHOT ne tarit pas d’éloges à leur égard.

6 Le Monde, « Le Mékong paisible ». J.P. Peroncel-Hugoz

7 1898-1986. Henry Moore contribua en particulier à la décoration monumentale du siège de l’U.N.E.S.C.O. à Paris.

La plupart des gravures figurant dans cet article sont extraites de l’ouvrage de Ferdinand de Lanoye « Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos » d’après le journal et la correspondance d’Henri MOUHOT. Librairie Hachette, Paris. 1868

Tags: Cambodge, Henri Mouhot, Indochine, Laos, Luang Prabang, Siam, Thaïlande, Tombes

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