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Le Souvenir Francais de Chine

L'histoire des Francais de Chine racontée autrement…

Témoignage du général Schmitt, ancien CEMA…

Posté par Claude Jaeck le 18 juillet 2010

Témoignage du général Schmitt, ancien CEMA… qui a servi sous les ordres du général Bigeard comme lieutenant puis capitaine au 3° Régiment de Parachutistes Coloniaux

C’est en 1975 que Marcel BIGEARD a remporté l’un de ses plus beaux succès. L’armée française est alors en crise. Elle a subi avec quelque retard les conséquences de mai 1968. Des comités de soldats ont fleuri ici ou là. Les casernements ont besoin d’être rénovés, le style de commandement aussi. Les cadres sont désorientés. Le Président de la République Valery GISCARD D’ESTAING cherche l’homme providentiel et le trouve. Il nomme le 31 janvier 1975 le général de corps d’armée Marcel BIGEARD secrétaire d’état à la Défense. En dix huit mois, ce novice en politique obtient un meilleur budget, une revalorisation de la condition militaire et surtout parcourt les garnisons où son charisme fait merveille. Lorsqu’il quitte le gouvernement le 4 août 1976 Marcel BIGEARD a accompli sa mission. L’armée française a retrouvé son équilibre.

Si le gouvernement a fait appel à lui c’est évidemment parce que Marcel BIGEARD est devenu l’officier le plus prestigieux de l’armée français celui que Jules ROY et Joseph KESSEL ont voulu rencontrer celui qu’Anthony QUINN a incarné dans « les centurions » ce qui n’a pas manqué d’agacer ici ou là.

Son parcours de soldat est connu. Il l’a raconté lui-même dans « Pour une parcelle de gloire » (Plon 1975). Erwan BERGOT a repris le récit dans « Bigeard » (Perrin 1988) et a complété la chevauchée héroïque par la saga politique puisque Marcel BIGEARD aura été dix ans député.

Prisonnier en 1940 il réussit à s’évader le 11 novembre 1941 à sa troisième tentative. Il épouse Gaby le 6 janvier 1942 à NICE. Il vogue ensuite vers l’Afrique Noire alors sous la houlette du gouverneur général BOISSON. Le début de la libération de la FRANCE en novembre 1942 ne bouleverse pas son destin. En revanche celui-ci basculera lorsqu’il rejoindra un camp de parachutistes britanniques avant d’être largué sur l’Ariège au milieu des guérilleros espagnols avec lesquels il libéra FOIX le 29 août 1944 au prix de durs combats.

En 1945 il débarque à SAIGON pour un premier séjour et participe au débarquement à HAI-PHONG avec LECLERC.

Il combattra dans le Haut Tonkin avant de rentrer en France en septembre 1947. En 1948 il rejoint le 3ème bataillon de parachutistes coloniaux en formation à SAINT BRIEUC. Bien entendu pour un deuxième séjour en Indochine. Il a 32 ans, il est officier de la Légion d’Honneur et titulaire de la Distinguished Service Order, il a été blessé deux fois et onze fois cité. En octobre 1948 le 3ème B.P.C embarque sur le Pasteur avec le 1er bataillon étranger parachutiste. BIGEARD quitte le 3 pour former le 3ème bataillon Thaï. Il le quittera pour commander le prestigieux bataillon de marche indochinois toujours au Tonkin. Deuxième séjour terminé il regagnera la France en 1951.

Les combats continuent en Indochine. Le chef de bataillon BIGEARD, ne se pose pas de questions, il doit y participer. Nommé à la tête du 6ème bataillon de parachutistes coloniaux il embarque, à nouveau sur le Pasteur, pour rejoindre le Tonkin en juillet 1952.

En octobre 1952 le destin de Marcel BIGEARD bascule. En fait ses qualités de chef et de combattant sont déjà largement connues au sein du corps expéditionnaire. L’affaire de TU-LE en Haute Région Tonkinoise marquera le début de la légende.

Parachuté pour recueillir la garnison du poste TU-LE le 6ème B.P.C, après de violents combats, se trouve menacé d’encerclement pour la division 312. Commence alors une des plus audacieuses manœuvres d’exfiltration de l’Histoire. En trois jours BIGEARD déjoue la manœuvre de poursuite et d’encerclement de la division 312 et ramène les deux tiers du 6ème B.P.C à NASSAN où s’est installé le général GILLES en centre de résistance.

Le nom de BIGEARD explose à la une de tous les journaux. Jules ROY se rend à HANOI et rencontre BIGEARD. Il racontera ce qu’il appelle « la retraite des mille » dans un article de la Revue de PARIS d’avril 1953.

Le 6èmeB.P.C n’en était cependant qu’à mi-séjour. Plusieurs opérations l’attendaient en particulier le coup de main contre les dépôts Viêt-Minh de LANG SON monté par le colonel DUCOURNEAU avec plusieurs autres bataillons parachutistes. Après ce succès, alors que le 6 opère dans la région de NAM-DINH j’ai à plusieurs reprises l’occasion d’être auprès de BIGEARD comme observateur d’artillerie. Je vois pour la première fois le chef à l’œuvre. Pas de phrases inutiles : voilà les lisières qui m’inquiètent me dit-il en les indiquant sur la carte. A moi de faire mon métier d’artilleur si nécessaire.

Et puis ce sera DIEN BIEN PHU. Le 6 sautera deux fois. Le 20 novembre 1953 avec le II/1er régiment de chasseurs parachutistes du chef de bataillon BRECHIGNAC il doit saisir l’aérodrome et des collines, dont les noms entreront dans l’Histoire (Dominique, Eliane, Huguette, Gabrielle, Béatrice, Isabelle. Après un sérieux combat la mission est remplie. Le colonel DE CASTRIES reçoit le commandement du camp retranché. Le 6èmeB.P.C et le II/1erR.C.P sont relevés pour être engagés peu après dans d’autres combats difficiles dans la région de SENO au Moyen Laos. C’est un succès défensif salué plus tard par le commandement Viêt-Minh lui-même.

Mars 1954. Le général GIAP décide l’attaque générale contre DIEN BIEN PHU et conduit lui-même sa bataille. Il enlève GABRIELLE et BEATRICE en deux jours. Il faut renforcer la garnison dont certains bataillons vacillent. Le 6 saute le 16 mars. La légende BIGEARD se prolonge. Il sera au premier rang de ceux grâce à qui DIEN BIEN PHU sera une défaite honorable et pas une déroute. Sa seule arrivée fait remonter le moral. Comme l’écrit Jules ROY « BIGEARD présent la garnison relève la tête ». Le 26 mars avec le 8ème choc de TOURRET il attaque vers l’ouest les batteries anti-aériennes adverses. C’est un succès. Du 30 mars au 2 avril il fait face à une attaque Viêt-Minh contre les collines de l’est. Dominique tombe mais les Eliane tiennent. De part et d’autre les pertes sont sévères mais les unités Viêt-Minh peuvent récupérer et se reconstituer à l’arrière alors que nos forces sont nuit et jour harcelées par le feu de l’artillerie adverse et que les renforts : II/1er RCP, 2ème BEP, 1er BPC, volontaires brevetés para ou non arrivent trop tard. Les combats se poursuivent. BIGEARD devient l’adjoint du colonel LANGLAIS qui dirige la résistance des points d’appui à l’exception d’Isabelle. Le 10 avril il conduit une attaque et reprend Eliane I. Mais ces succès partiels usent sévèrement les effectifs. Certaines compagnies alignent à peine soixante hommes dont certains sont déjà blessés comme le lieutenant Datin touché à quatre reprises. Dans les premiers jours de mai les combats ne cessent plus. La nuit du 6 au 7 mai GIAP concentre ses efforts pour enlever Eliane II. Il y parvient. Le communiqué de victoire Viêt-Minh constitue un des hommages les plus nets et les moins discutables aux défenseurs de DIEN BIEN PHU : «  A l’est, sur la colline n°5 (Eliane II) les combats ont été d’un acharnement et d’un héroïsme extrêmes ».

Le 7 mai en fin d’après midi nous prenons le chemin de la captivité. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet. Ceux qui survivront à cette épreuve (cinquante pour cent de morts en quatre mois) apprendront cependant beaucoup sur les méthodes des régimes totalitaires. A leur retour ils apprendront aussi que leurs blessés devaient débarquer, début mai, à MARSEILLE sous la protection des C.R.S sinon les militants du parti communiste leurs réservaient un accueil musclé…

Plus de vingt fois cité le lieutenant-colonel BIGEARD, promu à titre exceptionnel, retrouve, fin septembre 1954, la France, sa femme Gaby et sa fille Marie-France. Il est affecté à l’Ecole de Guerre. Il y « apprend » quelques principes essentiels qu’il applique en fait depuis plusieurs années de façon spontanée, alors que d’autres cherchent sans cesse des mentors dans le passé négligeant des principes de base qu’ils connaissent pourtant. Il en est ainsi de l’adaptation à des circonstances qui ne sont jamais identiques (l’Afghanistan ne ressemble à aucun autre théâtre d’opérations et les « recettes » n’y sont pas de mise).

Mais BIGEARD ne saurait se morfondre en métropole. Il obtient en octobre 1955 le commandement du 3ème B.P.C qui, renforcé de deux compagnies, deviendra le 3ème régiment de parachutistes coloniaux. Le 3.Il en conservera le commandement jusqu’en avril 1958.

Certes l’Algérie n’est pas l’Indochine. Mais, pourtant, de 56 à 59, avant d’être décimées, les unités adverses se battaient bien.On en était pas encore à la doctrine du « zéro mort ». Le commandement comme le pays admettaient  que l’on ne faisait pas la guerre sans pertes. Le grand mérite de BIGEARD est d’avoir toujours tout fait pour les réduire au minimum, que ce soit à AGOUNENDA (Algérois), à la frontière tunisienne, dans les Nementchas et aussi en zone saharienne où le général SALAN l’envoie le 22 avril 1957 rétablir la sécurité dans la région de COLOMB BECHAR – TIMIMOUN où sont menacés les missions de recherches des pétroliers et nos sites d’expérimentation des fusées balistiques ainsi que celui de REGGANE. Excusez du peu ! Placé à la tête d’un groupement aéroterrestre, il règle la question en deux mois. C’est un succès à la mesure de l’inquiétude des responsables civils et militaires. La presse écrite exulte. BIGEARD est nommé colonel.

En 1957 le 3 est engagé dans les opérations de rétablissement de l’ordre que les parachutistes ont du conduire à ALGER en raison des carences des responsables de la police pourtant alertés depuis le milieu de 1956. L’adversaire, à vrai dire imprudent et rarement combatif, y sera roulé dans la farine. En août 1957 l’adjoint de YACEF SAADI, chef de la Zone Autonome d’Alger après la capture de BEN M’HIDI par le 3, sera un responsable terroriste retourné et contrôlé. Le 1er REP prendra les consignes en septembre et avec la capture de YACEF SAADI le 24 septembre l’opération que l’on veut appeler la « bataille d’ALGER » sera achevée. L’intelligence et la ruse ont permis ce succès bien plus que des procédés plus musclés employés dans l’urgence au début de 1957. Des femmes, des enfants, des vieillards de toutes confessions devaient être protégés. Bernés par une ancienne pseudo-terroriste, d’autres ont voulu faire accroire en excipant même le faux témoignage d’un mythomane que, fin 1957, BIGEARD aurait pu simultanément conduire les opérations de TIMIMOUN et assister à plusieurs reprises aux interrogatoires de cette personne en fait insignifiante. C’est faux et qui plus est ridicule.

L’opération TIMIMOUN terminée, durant les premiers mois de 1958 le 3 participa à la bataille du barrage EST et infligea, comme les autres régiments paras, des pertes très sévères aux renforts avec lesquels le F.L.N espérait combler les vides de ses unités. Ce fut le début de l’effondrement des rebelles achevé avec le plan CHALLE en 1959.

C’est à YOUKS LES BAINS, localité proche de TEBESSA dans le Constantinois, que BIGEARD quitta le commandement du 3 à la fin mars 1958. Après quelques semaines de détente il reçut mission de créer à proximité de PHILIPPEVILLE un centre de perfectionnement destiné aux officiers reçus à l’    école d’Etat Major. Il prendra ensuite le commandement du secteur de SAIDA en Oranie. Commander des troupes de secteur est en fait beaucoup plus difficile que de manœuvrer des unités parachutistes. Il transforma les mentalités. Les succès des commandos qu’il avait mis sur pied : GEORGES (GRILLOT) et COBRA (GAGET) s’enchaînèrent. On lui demanda ensuite de réaliser à AIN SEFRA ce qu’il avait fait à SAIDA. Il le fit.

Survient l’affaire des barricades. De malentendus en malentendus. BIGEARD fut relevé à la demande du général CHALLE.

1er février 1960. A 44 ans, colonel depuis trois ans, grand officier de la Légion d’Honneur, bardé de citations, BIGEARD quitte l’Algérie pour toujours. La chevauchée fantastique prend fin. La légende continue.

La suite de sa carrière conduira BIGEARD à servir en France et en Afrique. En juillet 1966 il est promu général. De 1968 à juillet 1970 il commande les forces françaises du Sénégal. Après un bref séjour en France, il est nommé avec les mêmes fonctions en République Malgache. Rentré en France il se voit confier le commandement de la région de BORDEAUX et reçoit sa quatrième étoile. Il quittera BORDEAUX en 1975 appelé par le Président GISCARD D’ESTAING pour occuper les fonctions de Secrétaire d’Etat à la Défense. Ses souvenirs de député, de président de la commission de la Défense Nationale, il les a racontés dans plusieurs ouvrages. J’ai préféré centrer ces quelques pages sur le chef légendaire qui a marqué tous ceux qui l’ont approché. A tous les chefs qui ont des responsabilités opérationnelles et qui cherchent des références je dirais d’appliquer sa méthode : forger une troupe de qualité car l’idée la plus géniale ne vaut rien sans l’outil, étudier une situation sans préjugés et en sachant qu’aucune n’est le strict reflet d’une autre. Enfin ne pas chercher à imiter BIGEARD. Il est inimitable.

Je rappelle enfin que le général de corps d’armée BIGEARD, sorti du rang, était Grand Croix de la Légion d’Honneur, Distinguished Service Order, cinq fois blessé et titulaire de 25 citations.

Général d’armée Maurice SCHMITT

Ancien CEMA – Ancien lieutenant et capitaine du 3ème régiment de parachutistes coloniaux.

SOURCE : http://www.asafrance.fr/actualites/301-temoihnage-du-general-schmitt-sur-le-general-bigeard.html

Tags: Bigeard, Indochine

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