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L’Empire d’un officier, le Général Léon de Beylié

L’Empire d’un officier, le Général Léon de Beylié

Posté par Claude Jaeck le 6 février 2011

Intervention de M. Henry de Seguins Pazzis

le 8 janvier 2011 au Musee de Grenoble

lors de la Journee d’etudes consacre a son aieul

Merci tout d’abord, à Monsieur le Maire de Grenoble, à Monsieur Guy TOSATTO et toute son équipe d’avoir mis les moyens pour permettre la mise en valeur des dons et legs du général Léon de BEYLIÉ.

Merci plus particulièrement à Monsieur Guy TOSATTO, à Madame Danielle BAL, à Mademoiselle Caroline HERBELIN, et à Monsieur Jean-François KLEIN de m’avoir invité à débuter cette journée consacrée au général Léon de BEYLIÉ dont je représente ici la famille.

Il se trouve, en effet, que ma grand-mère maternelle, née Antoinette de BEYLIÉ, décédée en 1981, dernière du nom, était une des nièces du général. Quand mes parents reprirent la propriété Beylié à Herbeys, près de Grenoble, ils recueillirent un lot important d’archives relatives au général, archives qui avaient été soigneusement conservées par sa mère, Mme Joseph de BEYLIÉ et par Jules de BEYLIÉ, frère de Léon. Ces archives ont été minutieusement classées et exploitées par Mme Danielle BAL pour préparer l’exposition.

Le but de ma modeste intervention a pour objet de faire ressortir la part attribuable aux traditions de la famille, dans la carrière, le caractère et la personnalité du général.

Au XVIIe siècle, cette famille d’agriculteurs vivait dans la région d’Agen. Elle ferra souche à Grenoble avec l’arrivée de Louis II BEYLIÉ qui sera chirurgien major de l’Artillerie en l’arsenal de Grenoble en 1717, et celle de son frère Jean II que l’on trouve chirurgien major dans les armées du Roi en Italie en 1701, puis chirurgien juré de la ville de Grenoble en 1707 et chirurgien de Louis d’Orléans, duc de Chartres, gouverneur et lieutenant général pour le Roi et la province du Dauphiné. Avec eux, se constituent les premiers contacts de la famille avec le monde militaire.

Jacques I Beylie

La génération suivante se distingue par des prises de responsabilité dans la ville et la Province, Jacques I fit l’acquisition en 1719 de l’office de conseiller et médecin ordinaire du Roi en la ville de Grenoble et baillage du Grésivaudan. Son frère Louis III, chanoine de la Cathédrale Notre-Dame, sera curé de Saint-Laurent en 1728, puis de Saint-Louis de 1734 à 1766. Il signera en 1746 avec Samson Sherrer, facteur d’orgues suisse, la convention qui permettra la réalisation des premiers orgues de cette dernière église.

Avec la troisième génération grenobloise, l’attrait pour le métier des armes va se préciser, associé notamment à un appel pour les actions lointaines. Claude II sortira, en 1752, de l’Ecole du Génie de Mézières comme ingénieur du Roi.

Claude II Beylie

Il sera affecté à Grenoble jusqu’en 1758 parmi les ingénieurs et géographes chargés de lever le plan des Alpes dans la province du Dauphiné. La précision et le goût du relevé topographique se retrouvera plus tard dans les carnets rédigés à l’occasion des fouilles effectuées par Léon de BEYLIÉ. Ingénieur en chef en 1769, Claude II sera désigné en octobre 1781 pour commander le corps du Génie en Inde. Nommé brigadier en 1785, il rentrera à Grenoble, en 1786, sous les ordres de M. de VIALIS, maréchal de camp, directeur des fortifications des places du Dauphiné et de la Provence. Nommé directeur des fortifications de Grenoble en 1791, Claude II deviendra maréchal de camp et inspecteur général des fortifications de Grenoble, Embrun, Toulon et Marseille, poste qui constituait à l’époque le sommet de la hiérarchie, car il n’existait que 4 inspecteurs généraux.

Son frère Philibert-Augustin quant à lui, entra comme enseigne dans le Corps royal de l’artillerie des troupes coloniales servant dans les Indes orientales où il arrive en 1751, pour être sous les ordres du chancelier LAW.

Philibert-Augustin Beylie

Lieutenant d’artillerie à l’armée du Deccan en1754, capitaine en 1759 sous les ordres de LALLY de TOLLENDAL, il se fait remarquer par ses qualités de négociateur et d’interprète avec les princes du pays.

De 1776 à 1781, Philibert-Augustin suivra à Paris les travaux relatifs à la prochaine expédition pour les Indes et y repartira comme colonel commandant l’artillerie dans l’expédition commandée par M. de BUSSY. En 1790, il sera élu par l’Assemblée de Pondichéry, député titulaire pour représenter les colonies des Indes orientales à l’Assemblée nationale. Il rendit de très utiles services au Comité des colonies et publia des « Observations sur la législation des colonies ». Il recevra en 1791 le grade de maréchal de camp d’artillerie.

Louis IV Beylie

Un autre frère des deux précédents, Louis IV sera maître ordinaire à la Chambre des comptes du Dauphiné et représentant de la noblesse à l’Assemblée des trois ordres de la province, tenue au château de Vizille, le 21 juillet 1788.

Peinture d’Alexandre Debelle qui se trouve au musee de la Revolution a Vizille – Mounier, Barnave, Louis Beylie

On voit déjà l’implication grandissante de la famille dans le métier des armes avec l’appel vers des contrées, lointaines pour l’époque, mais aussi dans la vie de Grenoble et son émancipation politique.

Philibert-Augustin fut le père de Jacques-Augustin. Celui-ci commencera une carrière militaire aux Indes où il est né.

Jacques-Augustin Beylie

En 1786, Jacques-Augustin est sous-lieutenant au régiment Limousin-infanterie commandé par le colonel comte de VIRIEU. En 1792, il regagne la Corse dans le cadre de la formation de l’Armée d’Italie. Capitaine adjudant-major en 1793, la tourmente révolutionnaire l’amène à demander refuge dans le Corps du génie auprès de son oncle Claude II. En 1796, il sera aide de camp du général de division PIERRON qui était inspecteur général des fortifications à Montpellier. Il se retire en 1800 et se consacrera à sa ville de Grenoble en sa qualité de conseiller municipal et d’administrateur de l’hôpital-hospice de Voreppe de 1818 à sa mort.

Joseph de Beylie

Nous arrivons aux parents de Léon de BEYLIÉ. Joseph, son père, entre à l’Ecole de Saint-Cyr en 1832 puis à l’Ecole de Saumur en 1835. Lieutenant de dragons, il démissionnera en 1842 pour entrer dans les vues de sa belle-famille, à la suite de son mariage, à Strasbourg, avec Aimée du MOULIN, 10e et dernier enfant, et seule fille du général, comte d’Empire, Charles du MOULIN, gouverneur de Strasbourg, et de la comtesse bavaroise von ECKART. Il regretta d’avoir dû briser la carrière choisie par lui pour obéir à son tempérament comme aux traditions de sa famille. Il chercha dès lors une compensation dans la propagande patriotique et dans le culte des beaux-arts pour lesquels il était particulièrement doué.

Peintre de talent, il savait aussi modeler agréablement la terre et sculpter le bois. Il avait, en outre, des connaissances étendues en histoire de l’art et particulièrement dans les différents styles en architecture. Les ouvrages de sa bibliothèque l’atteste. Comme dessinateur, il collabora à la Revue d’Alsace. Comme modeleur, il fit de nombreuses statuettes, des bustes, des médaillons en plâtre et en terre cuite.

Joseph et Aimee de Beylie

Comme portraitiste, il composa notamment, dans sa propriété d’Herbeys, d’intéressants panneaux où se trouvent groupés, sur fond de paysages grenoblois, des membres de sa famille, des amis et diverses notabilités.

Vue depuis Seyssins

Le père du général aimait à s’entourer d’artistes peintres et sculpteurs. Il fut particulièrement lié:

  • à Strasbourg avec les peintres HAFFNER, YUNG et Théophile SCHULER, père ,
  • à Paris, avec le statuaire DAVID d’Angers et le peintre Ernest HÉBERT, son ami d’enfance,
  • à Grenoble, avec les peintres ACHARD, GUÉTAL, ROLLAND, DEBELLE, les statuaires YRVOY, DING. Il favorisa les débuts de jeunes tels que FÉLIX et BASTET, qui sont notoirement connus aujourd’hui.

Enfin, il fut choisi pour présider la Société des Amis des Arts, depuis sa création jusqu’à sa mort, organisant tous les trois ans à Grenoble une exposition de peinture et de sculpture. Il fut de plus, fondateur et président, pendant de longues années, de la Société philharmonique qui donnait des concerts populaires de musique classique pour orchestre.

Aimee du Moulin

La mère du général, au point de vue artistique et patriotique n’exerça pas une influence moins active sur son fils.

Elle fut artiste, elle aussi, dans sa spécialité : la musique. Ce fut une pianiste de premier ordre, élève préférée de SCHIFFMACHER.

JIVORY, VIEUX-TEMPS, ALLARD, PLANTÉ, les CASELLA se firent entendre chez elle. Son salon fut constamment recherché par l’élite intellectuelle de la région. Elle s’efforça d’initier la population grenobloise à la belle musique par l’organisation de nombreux concerts religieux ou profanes.

Avec le concours d’un ami de la famille, M. Albert du BOŸS, auteur d’ouvrages historiques de valeur, elle fonda, vers 1860, à Grenoble, une société coopérative de lecture qui fonctionnait encore en 1910, et dont l’objet était de procurer à ses membres, moyennant une cotisation annuelle de 10 francs, la lecture des nouveautés intéressantes sur l’art, la science, les voyages, l’histoire, la philosophie.

Aimee du Moulin agee

Comme son fils, le général, ne pouvait, en raison de sa carrière, faire des séjours fréquents au domicile familial, elle suppléait à cette absence en demeurant avec lui en constante correspondance. Le Général attachait un grand prix aux lettres de sa mère où, dans un style très personnel, celle-ci lui donnait ses impressions sur tout ce qui lui paraissait digne d’intérêt.

Leon de Beylie

En conclusion, il est incontestable que Léon de BEYLIÉ trouva dans sa famille le goût des arts, les sentiments de l’honneur, de la loyauté, du patriotisme, le goût du métier des armes et même des conquêtes coloniales. Il aimait à raconter, à ce dernier propos, qu’au cours d’un voyage d’agrément qu’il fit aux Indes, où son arrière grand-père, le général d’artillerie, et son arrière grand-oncle, le général du génie, avaient guerroyé, il s’était senti mordu par le microbe des généraux BEYLIÉ.

Les traditions familiales lui inspirèrent également le sentiment d’une fière indépendance et celui des devoirs sociaux. Fier de ses ancêtres, il voulait comme eux, être un homme de son temps, se refusant à suivre l’exemple de ceux qui s’endorment dans une oisiveté vaniteuse et stérile, satisfaits des lauriers du passé de leur famille.

L’un des maires de Grenoble, en prononçant au sein d’un conseil municipal l’éloge du général, cita une lettre de celui-ci où il déclarait formellement devoir ses goûts et la plupart de ses connaissances artistiques à l’influence, à l’enseignement de son père.

Nous venons de voir pourtant, combien la personnalité du général Léon de BEYLIÉ trouvait son origine dans un champ beaucoup plus large.

Henry de Seguins Pazzis

Tags: General de Beylié, Indochine

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