Jacques Guillermaz, officier, diplomate, universitaire et aventurier : un pionnier de la Chine contemporaine.

Présentation du Colonel Loïc FROUART , Attache de defense pres l’Ambassade de France en Chine au profit du Souvenir Français de Chine a Pékin le 20 janvier 2011.

Aujourd’hui je souhaite m’attarder sur quelques aspects de Jacques Guillermaz au lieu de me contenter de raconter sa vie qui est certes un roman d’aventure.

Guillermaz, acteur de l’histoire contemporaine, non pas de la Chine mais du monde : de 1937 à 1966 il a pu dire des événements qui ont secoué l’orient du nord au sud : « j’y étais ! ». Imaginons un Chinois qui aurait vécu au contact des affaires françaises du Front Populaire jusque à mai 68 ! Jacques Guillermaz a tout connu en Chine : des seigneurs de la guerre à Mao Zedong en passant par les militaires qui ont créé l’armée rouge (devenue APL) et Chiang kai-chek.

Guillermaz, analyste passionné mais sans aveuglement, sensibilité au fantasme ni propension au lyrisme : la longue marche est un exemple frappant : alors que de nombreux épisodes épiques etc.. lui y voit la marque de l’armée sur les structures politiques et le mérite du PCC d’y survivre !

Guillermaz a suffisamment connu la Chine pour l’aimer et en être culturellement éloigné pour éviter les passions (négatives ou positives) destructrices du sens critique.

En bref mon but est de tirer de la vie de JG ce qui peut être utile à tout observateur ou « acteur » de la relation franco-chinoise et des relations internationales dans lesquelles la Chine joue un rôle de plus en plus conséquent.

——————————————————————-

Difficile de revenir sur la vie de Jacques Guillermaz sans décrire son parcours géographique et historique au cœur d’une Asie dont il a partagé l’essentiel des moments forts d’un demi-siècle particulièrement dense précisément. Une telle description est déjà passionnante en soi et confine au roman d’aventures mais je vais essayer d’aller au-delà en m’efforçant de souligner dans chacune des étapes de la vie de Guillermaz des faits, des opinions, analyses ou des événements qui vont à l’envers des idées reçues et nous enseignent quelque chose, témoignent de la vision de notre compatriote sur l’évolution de l’Asie ou les rapports de forces, ou encore illustrent l’évolution ou au contraire l’immobilisme des institutions ou de la nation chinoise. La vie chinoise de Guillermaz est aussi indissociable de  moments marquants de sa vie privé qu’il révèle pudiquement au fil de ses mémoires.

Tout d’abord, laissons nous aller à un double clin d’œil historique et géographique :

  • Jacques Guillermaz est né en 1911, soit à quelques mois d’une Révolution dans un pays, la Chine, dont nul n’imaginait dans sa famille qu’il phagocyterait sa vie.
  • Il est né à Fort de France à l’ouest d’un monde par rapport à la métropole tandis que c’est dans l’orient lointain qu’il passera l’essentiel de sa vie d’homme avant de revenir à une position géographique plus médiane en France, pour y enseigner la Chine et finir sa vie, en homme de terroir qu’il était, dans le Dauphiné, qui abrite ses racines familiales.

Tout commence par hasard (comme souvent dans les grands romans d’aventure)

En 1937, sans vraiment percer le mystère de cette désignation, Jacques Guillermaz reçoit son ordre d’affectation : la Chine pour y tenir des fonctions d’attaché militaire ! A l’époque il faut 30 jours pour rejoindre Shanghai et puis à nouveau 10 jours pour rejoindre Pékin.

Que nous apporte le témoignage de Guillermaz sur ses premiers mois en Chine ?

Tout d’abord le fait que contrairement à ce que l’on pourrait croire pour un homme qui a titré ses mémoires « Une vie pour la Chine », Jacques Guillermaz ne tombe pas d’emblée amoureux de la Chine et du Paris de l’orient. Cette absence d’enthousiasme ou de passion aveugle vis-à-vis de la Chine est une constante dans la vie de Guillermaz comme on aura l’occasion de s’en apercevoir plusieurs fois.

Face à « l’objet » inconnu qu’il aborde en 1937, Guillermaz choisit non pas de s’émerveiller mais de tenter de comprendre en gardant ses distances et son sens critique. Pourquoi cette remarque ? Parce que l’émerveillement béat ou l’idéalisation sont au même titre que la diabolisation systématique des écueils récurrents pour ceux qui découvrent la Chine. Réaction compréhensible, c’est surtout une réaction facile mais elle anéantit toute capacité d’appréhender le plus objectivement possible le pays, son système et sa société.

Les écrits de Guillermaz nous renseignent aussi sur le fonctionnement des postes diplomatiques à l’époque des seigneurs de la guerre à la sortie de « la décennie de Nankin ». C’est ainsi que l’Ambassade est certes à Pékin, mais avec une représentation à Nankin et aussi à Shanghai où en fait l’Ambassadeur passe le plus clair de son temps. Les anecdotes ne manquent pas dans la vie d’un homme qui a côtoyé Teilhard de Chardin et qui a participé avec lui aux recherches sur l’homme de Pékin à Zhoukoudian !

Cet éclatement de l’ambassade et les responsabilités qui vont lui être confiées hâtent la maturité professionnelle et intellectuelle du jeune officier qu’est Guillermaz. Il est alors lieutenant, sorti de St Cyr 5 ans avant et, sans formation d’Etat-Major, il se retrouve dans un pays qu’il ne connait pas,  qui est en proie à des troubles civils graves et une division du fait des seigneurs de la guerre alors même que la guerre contre le Japon est imminente. En outre, il évolue au sein d’un système diplomatique « faits de codes qu’il ne connait pas davantage ». La dimension internationale de son nouvel environnement est enfin un autre facteur de complexité.

Dans ce monde particulier, que fait Guillermaz ? Il utilise les savoir-faire appris à St Cyr et en école d’application en termes de conduite des opérations et observe les évolutions des schémas tactiques du Kuomintang (KMT) et des différents seigneurs de la guerre. Mais il est conscient que cela ne suffit pas et que, pour saisir l’image complète, il faut comprendre les liens entre le politique et l’opérationnel.

Guillermaz est un observateur curieux et prudent, en 14 ans d’observation des événements militaro-politiques chinois entre 1937 et 1951, il ne prendra jamais parti, citant toujours des faits pour justifier ses compte-rendu et recommandations. Guillermaz, aimera la Chine et s’y intéressera ; en revanche, il ne sera jamais ni pro, ni anti-chinois pour autant.

Mais la curiosité et l’intérêt qu’il peut éprouver pour la Chine – et son parti communiste dont il deviendra l’un des meilleurs biographes, voire même le premier si l’on considère l’importance de l’étude historique sans préjugés (toujours fondée sur une minutieuse analyse des faits) – ne sont pas assez forts pour apaiser en lui la volonté de prendre part au conflit contre l’Allemagne nazie. Cette obstination rompt l’image d’Epinal facile d’un officier asiatisé, sinisé et incapable de se ré-adapter en occident comme beaucoup l’ont été avant lui et par la suite.

Mais Paris ne le rappelle pas et c’est depuis la Chine qu’il assiste à l’humiliation de 1940.

Le 23 août 1941, la première étape pékinoise de la vie chinoise de Guillermaz prend fin. Il rejoint Chongqing où gouvernement du KMT et représentations étrangères ses ont repliées sous la pression des Japonais.

Sa période à Chongqing est compliquée : relations difficiles avec le gouvernement nationaliste, conséquence de la complexité – ambigüité – de notre politique étrangère dans la région, car la France est soupçonnée de s’allier au Japon au Tonkin. Dans ses mémoires, il livre de la famille Chiang à Chongqing un portrait au vitriol.

La Chine lui paraît toujours aussi complexe à aborder, aucune relation suivie avec les militaires chinois n’est possible, mais cela ne l’empêche pas de rester attentif et observateur, notamment du comportement de la communauté internationale et des Etats-Unis dont il note en 1942 avec une redoutable clairvoyance les maladresses diplomatiques qui, par souci de ne pas provoquer l’URSS, provoquent le fossé entre la Chine et le monde libre. Aux côtés du général Pechkoff (légionnaire, prince russe) qui sera Ambassadeur (de la France libre) à Chongqing en 1944 (et qui s’illustrera encore par la suite en Asie, au Japon et à Taiwan), il assiste à la rupture entre le KMT et le régime de Vichy qui, en 1943 sonne son premier départ de Chine, sans aucun regret, bien au contraire. Il n’a qu’une envie, laisser la Chine définitivement derrière lui et rejoindre un théâtre conforme à son idéal politique. Comme il l’explique dans ses Mémoires, celles-ci auraient aussi bien pu s’appeler « Désillusions en Chine » car à chaque départ, c’est ce sentiment de malaise qui prévaudra. Pour l’heure en 1943, Guillermaz quitte une Chine dont il estime sans complaisance que les militaires sont inefficaces et corrompus, les élites égoïstes et, nonobstant l’attachement qu’il peut avoir pour lui, le peuple résigné au point d’être en partie responsable de son sort – c’est le début de ce qui fut sans doute une permanente interrogation de Guillermaz sur la responsabilité des masses chinoises dans leur propre destin (qui sera encore plus cruelle lors de la Révolution Culturelle). D’autre part, son métier et ses convictions politiques (fidélité à la France libre) déstabilisent sa vie personnelle depuis 6 ans et il lui tarde de passer à autre chose. De fait, à chaque étape chinoise de la vie de Guillermaz correspond un événement familial ou affectif majeur pour comprendre l’état d’esprit de l’homme.

1943 – 1945, un bref passage en France.

Il rejoint la France au terme d’un périple qui lui fera rencontrer Ian Fleming au Pakistan ! Mais l’expertise de Guillermaz ne se limite pas à la Chine et il tente en vain de faire accepter le principe de la création d’un poste de haut commissaire en Indochine afin de faire prendre en compte par les autorités françaises les facteurs internes mais aussi externes au théâtre indochinois. Avec une telle fonction, la France aurait sans doute été mieux préparée à la suite des événements (coup de force japonais en mars 1945 ou soutien des Chinois au Viet Minh). A partir de ce moment, estime Guillermaz, la France perd l’initiative en Indochine et sera condamnée à être en permanence dans une stratégie de réaction à des événements qu’elle maîtrise et comprend – et en tout état de cause qu’elle anticipe – mal.

Cette tentative de Guillermaz nous indique combien il est différent des « experts » asiates de l’époque, souvent centré sur LEUR pays et accordant plus de place à l’étude du passé qu’à la préparation du futur. Il ne se limite pas à observer la Chine mais il la place déjà dans son contexte régional et recherche les conséquences pour la région des événements chinois.

Il prend part au débarquement en Provence mais dès 1945, il est rattrapé par son expertise chinoise. Avec le grade de capitaine, nommé Commandant à titre exceptionnel et, à titre fictif,  lieutenant colonel, Guillermaz repart en Chine comme chef en titre de la mission militaire.

Octobre 1945 – 1951, Chine – Le parti communiste au cœur des analyses.

Cette nouvelle étape de la vie de Guillermaz est fondamentale pour comprendre ses orientations à venir et elle tourne autour d’une réflexion pour comprendre et connaître – faire connaître – le parti communiste chinois et son importance à venir dans l’évolution du pays : il est en effet convaincu que la Chine en évolution mérite que l’on s’intéresse enfin non plus seulement à son histoire classique mais aussi contemporaine et que celle-ci ne se comprend que si l’on saisit le rôle du PCC dans son écriture : il illustre cette urgence à s’intéresser à l’actualité de la Chine et non plus seulement à son histoire passée par ces mots : « la défaite du Japon transforme la Chine, elle était une civilisation, elle devient une Nation ».

Le dédain de la sinologie française pour l’époque contemporaine n’est pas qu’une querelle académique, elle est pour Guillermaz susceptible de générer d’énormes erreurs de jugement et d’appréciation sur la Chine qui évolue et, partant, des erreurs de positionnement politique.

Pour Guillermaz, l’investissement personnel de Mao dans toutes les opérations alors que Chiang Kai shek supervise de loin préfigure de l’inéluctable victoire des communistes. Il écrit à propos du généralissime « l’histoire des guerres ne fournit pas d’exemples d’erreurs aussi nombreuses dans un temps aussi court » !

De fait, l’arrivée de Guillermaz en Chine en octobre 1945 correspond à la fin de la guerre sino-japonaise, à l’échec des négociations du front uni KMT-PCC et la conséquence naturelle, la guerre civile (la 3ème dans l’historiographie officielle chinois). L’officier français débute alors une relation qui connaîtra une certaine régularité avec Zhou Enlai qu’il décrit comme un animal politique intelligent mais dont il convient de se méfier et réalise la situation misérable des garnisons françaises en Chine. La description du traumatisme des garnisons françaises de Chine par l’officier français est désarmante.

Il participe fin 1945 et début 1946 à la laborieuse élaboration du traité franco-chinois dont l’un des principaux objectifs est de décider du rapatriement des forces chinoises présentes en Indochine (désarmement des Japonais) et du transfert vers l’Indochine des troupes françaises stationnées en Chine. Traité peu satisfaisant pour la France au demeurant.

1949, à la victoire des communistes et à la généralisation d’un climat de terreur suite aux premières décisions et réformes du nouveau régime.

On apprend aussi grâce à Guillermaz que dans une phase de flou diplomatique (attente du choix définitif de la Chine reconnue), nombre de pays, dont la France, qui sont toujours des partenaires diplomatiques du gouvernement de la Chine nationaliste, désormais replié à Taiwan, conserveront une présence diplomatique en Chine populaire après octobre 1949, notamment l’attaché militaire !

En dépit d’une attitude étonnamment indifférente des autorités et des services de sécurité chinois envers ces représentations (peut être justifiés par une ambition immédiate fin 1949 de Mao de « retourner » ces pays), le caractère imprévisible du nouveau régime n’en génère pas moins un climat d’incertitude pour les résidents de ces pays. Comme en témoignent les affaires d’espionnage ou de complots contre Mao (qui entrainent des emprisonnements – Allyn et Adele Rickett (Prisonners of liberation) voire des exécutions d’Etrangers.

L’ambition de Mao, si elle existé de séduire les anciens partenaires diplomatiques du KMT tourne court car à l’aube de la décennie 50, les événements s’accélèrent autour de la Chine : en Corée notamment.

L’incertitude sécuritaire mentionnée plus haut préoccupe Guillermaz. Divorcé en 1947, remarié en décembre 1949 à la fille d’un dignitaire du KMT, l’officier craint pour sa nouvelle épouse et n’a de cesse de quitter, pour la 2ème fois et toujours sans regret, la Chine. C’est le transfert vers HK, qui à la sortie d’une Chine pas plus heureuse que sous le KMT fait une forte impression sur le nouvel « attaché de défense adjoint à Londres détaché à Hong Kong ».

« Une saison » à Hong Kong – 6 mois « Attaché militaire adjoint à Londres ».

En 1951, il quitte HK, remplacé par Galula (qu’il avait déjà eu comme adjoint à Chongqing et qui s’illustrera par des écrits sur la guerre populaire et la guerilla, largement inspirés des observations des opérations de l’armée rouge en Chine).

Commence alors une phase de la vie de Guillermaz qui va le mettre au contact des politiques et des grands dossiers asiatiques que la France doit régler : l’Indochine.

Rencontres avec de Lattre qui entend les arguments de Guillermaz sur la nécessité de tenir compte de la Chine dans l’équation indochinoise.

C’est également son expérience chinoise qui lui fait dire que « les armées communistes ont acquis la certitude que tout accord conduisant à une diminution de leur puissance ou à la dilution de celle-ci dans des formes nationales ne peuvent être acceptées ». Conclusion : le Viet Minh doit rester illégal et combattu, pas de compromis possible.

Débriefing à Paris par le PM, René Pleven.

Parallèlement il lance, à Paris, la formation d’officiers en chinois, montrant par là sa vision alors que d’autres ministères attendront encore 10 ans pour former leurs « asiates ». Ceci nous indique un autre aspect de la personnalité de Guillermaz, l’anticipation, (érigée en fonction stratégique de la politique de défense françaisedans le Livre Blanc de la défense français en 2008 !) est au cœur de la réflexion de l’officier français combiné à une vision. La préface, en 1966, de son « Que-sais-je ? » sur la Chine populaire (1ère édition en 1959), est criante d’actualité en 2011. Il y estime que « la Chine mérite notre attention par le caractère unique d’une expérience qui prétend transformer un pays de vieille civilisation en une jeune Nation totalitaire et dynamique ».

Mais l’Asie – et non la Chine uniquement – commence à lui manquer

En 1952 il est nommé Attaché militaire à Bangkok où il poursuit essentiellement sa mission de renseignement sur l’aide chinoise au Viet Minh.

Participation à la conférence de Genève.

Après Genève : expérience de diplomatie collective : l’OTASE.

Après 1957 : Guillermaz, retraité, étudiant, l’écrivain et l’enseignant.

A son retour en France, Guillermaz passe en 6 mois de congés ses examens de chinois aux Langues’O et part en Algérie pour un commandement qu’il avait souhaité mais qui ne le satisfait pas. Sa proximité et son estime pour les populations ne peuvent occulter la distance qu’il ressent avec les cultures locales et les hésitations de la politique française qu’il comprend mal. En 1958, il quitte l’Algérie et le service actif pour se consacrer à l’enseignement et la recherche sur la Chine contemporaine.

Chargé de mettre en place le centre de recherche sur la Chine contemporaine à l’EHEP, il découvre alors l’inadéquation des moyens, la difficulté de faire comprendre l’intérêt d’étudier la Chine contemporaine sous peine de rester vulnérable à la propagande et dans le registre des éloges  de l’intelligentsia française.

Premières publications et recherches pour analyser l’évolution de Mao Zedong dont les décisions (Campagne des cent fleurs et création des communes populaires) lui semblent contraires au réalisme qui caractérisait à ses yeux le fondateur de la Chine nouvelle en 1949.

Conseiller pour la conférence sur le Laos où il se lie avec Chen Yi (sichuanais « comme lui »).

Mission à Taiwan début janvier 1964 pour annoncer la reconnaissance imminente de la RPC par la France (réunions surréalistes entre une délégation française qui n’a pas pour mandat de donner des raisons). Il décrit un Généralissime à la fois digne et intrigué par ce qui peut bien attirer ses anciens partenaires chez son ennemi. Déchirure affective quand il revoit sa deuxième épouse, alors qu’ils se sont séparés fin des années 50

Ultime retour à la Chine en  octobre 1964.

Guillermaz retrouve un Pékin « défiguré » et vit un nouvel événement affectif, heureux celui-là, lié à la Chine : il rencontre sa troisième épouse, une diplomate finlandaise. Il est attaché militaire du 1er Ambassadeur de France en Chine, Lucien Paye, un humaniste, spécialiste de l’Afrique.

Pour le reste que dire de cette période, je crois préférable que vous la découvriez vous-même tant la réalité chinoise que Guillermaz dépeint semble avoir été décrite hier !

La condition du corps diplomatique, notamment l’Ambassade de France, 1ère d’une Nation occidentale est telle que l’officier s’interroge sur l’opportunité de reconnaître la RPC.

Nous parlons de livre d’aventures à propos de la vie de Guillermaz, c’est bien l’impression que l’on retire de sa description d’une soirée avec une princesse mandchoue, ancienne dame de compagnie de Ci Xi et épouse d’un général St Cyrien chinois, ou alors d’une visite de Yanan avec André Malraux, où celui-ci se lance dans des envolées lyriques plus ou moins heureuses.

Historien intéressé, il n’en est pas moins préoccupé par la tournure que prennent les événements. Il s’en ouvre à André Malraux qu’il est chargé de « briefer », celui-ci lui dit partager son analyse pessimiste mais qu’il ne peut pas le dire !

Avant de quitter la Chine, il s’interroge en homme de terroir sur les malheurs de la foule et n’innocente pas les masses de la Révolution Culturelle, voyant Kang Sheng faire avancer à la baguette un « troupeau » de gardes rouges en hurlant « Zou, Zou » (« avancez, avancez ! »), il cite Goethe estimant que « le moment semble venu où la Masse est son propre tyran ».

Retour en France en 1966, pour se lancer dans une nouvelle croisade contre la misère de la sinologie française. Il enseigne encore jusqu’en 1976. Il se retire dans son Isère familiale où en dépit d’une condition physique difficile, il continue de lire, de commenter et d’écrire.

Conclusion : Guillermaz, militaire, diplomate ou enseignant ?

En fait il est un peu tout à la fois car aucune des carrières qu’il a suivies dans ces trois « domaines de spécialités » n’ont été classiques : comme militaire, il a quitté le commandement en 1937 pour se spécialiser sur la Chine, dont on l’a retiré pour commander un régiment en Algérie en 1956 – 58 ! Par ailleurs, alors qu’il était déjà à la retraite, il a repris du service pour devenir Attaché militaire en RPC en 1964. En matière de diplomatie, il a été l’un des pionniers du métier d’attaché militaire moderne, à la fois centré sur le renseignement et l’analyse politico-militaire, jusque dans ses participations aux conférences de Genêve (sur l’Indochine et sur le Laos). Sa dimension de professeur ne le quittera en fait jamais car, avant même d’enseigner « à l’école », ayant à cœur d’apprendre et de comprendre lui-même, ses compte-rendu seront motivés par une volonté de pédagogie à l’égard des lecteurs.