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Mort pour la France…

Posté par Claude Jaeck le 17 novembre 2012

 

Mort pour la France…

où le point de départ d’une escapade dans le passé !

 

jeudi 15 novembre 2012, par Olivier Sabot

 

L’histoire de François Dalbert Chauvit mort pour la France le 29 octobre 1915 à l’âge de 29 ans.

D’après ce que je peux savoir, il n’y a pas une famille en France qui n’ait eu au moins un mort pendant la la Première Guerre mondiale, la fameuse Grande Guerre.

Il y a quelques temps, le dernier des poilus encore en vie mourait, faisant disparaître le dernier témoin vivant de ces quatre années d’horreur.

Il y aurait beaucoup à dire sur ces hommes qui se sont battus dans des conditions effroyables ! Ma théorie est d’ailleurs que si une telle guerre devait se reproduire aujourd’hui en France, elle ne durerait pas 4 ans car nous ne sommes pas aussi solides et robustes que les hommes de l’époque.

Nous, les quadras faisons quand même partie de cette génération qui est la première à n’avoir pas connu la guerre sur notre territoire car avant nous, il y a eu la Seconde Guerre mondiale, la Première Guerre mondiale, la guerre de 1870, les guerres « civiles » liées aux changements de régimes des années 1850, les guerres Napoléoniennes, etc..

Lors de mes recherches, je suis tombé sur un document dont je connaissais l’existence par l’histoire familiale, mais qu’internet a ressuscité : le document des Armées attestant que l’arrière-grand-père de mon épouse, François Dalbert Chauvit était mort pour la France le 29 octobre 1915…

Cela a été pour nous le point de départ d’une petite escapade dans le passé !

1) François Dalbert Chauvit (1886-1915)

François Dalbert Chauvit est né le 8 février 1886 à Saint-Amand en Charente du mariage de Jean Chauvit avec Jeanne Antoinette Bitout. Il est issu d’un milieu aisé et fait partie de la bourgeoisie rurale qui s’est enrichie grâce aux terres fertiles de la région.
Il a un frère Roger Louis et une sœur Jeanne Thérèse.

Le 18 décembre 1911, il épouse Marie Hélénie Lascaud à Saint-Crépin-de-Richemont en Dordogne qui lui donnera deux enfants : Georges qui naît en 1911 et Marie Alice qui naît en 1915.

Lorsque la guerre est déclarée, il reçoit l’ordre de rejoindre le 308e Régiment d’Infanterie avec le grade de Caporal.

Ce 308e Régiment d’Infanterie, dont le casernement est à Bergerac en 1914, va vite rejoindre le front puisqu’il est cantonné à Gonesse à la mi-août 1914. Il progresse ensuite dans l’Oise mais lors de la retraite de l’automne 1914 il perd un grand nombre d’officiers, de sous-officiers et de soldats.
On peut donc dire que pour François Dalbert, le baptême du feu a commencé très tôt.

En 1915, il est en Picardie et c’est là que 4 événements vont marquer les mois qui restent à vivre de François Dalbert :

  • Le 20 janvier 1915, Jean Chauvit, son père, décède à l’âge de 58 ans.
  • Le 28 janvier 1915, François Dalbert devient père d’une petite Marie Alice.
  • Début octobre 1915, son fils Georges meurt dans un accident domestique : le petit garçon de 3 ans s’étant approché trop près du feu, sa chemise de nuit s’est enflammée et trop gravement brûlé, il a succombé.
  • Presque au même moment, sa tranchée est bombardée par l’ennemi et il est blessé par de multiples éclats d’obus au dos.

Il est envoyé à l’hôpital de campagne situé dans le château de Moreuil dans la Somme où il est soigné. C’est d’ailleurs là qu’il apprendra le décès de son fils ; nous disposons du courrier que l’infirmière qui le soignait a envoyé à son épouse dans lequel elle témoigne de la grande tristesse de son mari, compensée par le fait qu’il a encore une petite fille.
Son courrier nous apprend également qu’il va bien…

Erreur de diagnostic, crainte de dire la vérité, volonté de rassurer ? Toujours est-il que le 29 octobre 1915, François Dalbert s’éteint. Il avait 29 ans…

Pour l’anecdote, son frère Roger Louis, affecté à un autre régiment ira reconnaître la dépouille de son frère et se rendra compte, effaré, que les pièces d’or qui avaient été cousues dans le doublure de sa vareuse, au cas où, par sa bienveillante mère, avaient été volées. Mais ce qui le choque surtout, c’est que son alliance en or avait été également volée… Cela montre à quel point la guerre peut avilir l’homme…

2) François Dalbert et les autres ramenés à la vie grâce a internet

Une fois n’est pas coutume, je vais parler de quelques sites web animés par des professionnels ou des amateurs qui peuvent nous permettre de retrouver une foule d’éléments tous plus intéressants les uns que les autres sur nos ancêtres morts pendant la Grande Guerre.

Il y a tout d’abord le site du SGA, Mémoire des Hommes. Ce site a pour vocation de mettre à la disposition des internautes tout une série de documents numérisés concernant les hommes et les femmes qui ont donné leur vie à la France.

Mais il y a aussi le travail ahurissant de passionnés comme le Chtimiste qui a recensé les mouvements de plusieurs dizaines de régiments entre 1914 et 1918. Partant du régiment à travers le site Mémoire des Hommes, on peut ainsi suivre le trajet de son ancêtre jusqu’à sa mort (s’il est mort pendant la guerre) ou jusqu’à sa démobilisation s’il a survécu …

Je serais incomplet si je ne citais pas le site du Mémorial GenWeb qui regroupe un nombre incroyable d’informations sur les différentes guerres, dont la Grande Guerre. À noter toutefois que je n’y ai pas retrouvé François Dalbert dans le 308e RI. Je vais donc les contacter pour qu’ils corrigent cette lacune !

3) Visite à Moreuil

Pour finir, je pense que l’œuvre du généalogiste ne peut être complète sans une visite des lieux où ses ancêtres ont vécu.

À chaque fois que je le peux, je me déplace et me rend dans les villages où mes ancêtres ont marché, travaillé, dansé, etc..

Dans le cas de François Dalbert, nous voulions, mon épouse et moi, nous rendre à Moreuil, pour y retrouver l’hôpital où son arrière-grand-père avait passé ses derniers jours.

Moreuil est une petite ville et notre premier réflexe a été de nous rendre à l’église pour interroger le prêtre au sujet de Moreuil entre 1914 et 1918. Il nous a dit qu’il n’était pas d’ici mais qu’il avait appris par les anciens qu’en 1918 toute la ville avait été rasée par les bombardements et qu’il ne restait en tout et pour tout que 3 maisons debout…
Quant à l’existence d’un hôpital, cela ne lui disait rien.

Nous sommes donc allé dans un petit troquet pour nous restaurer et en discutant avec le patron, il nous a dit que sa vieille tante avait peut-être entendu parlé de quelques chose car elle était de Moreuil et très âgée !
Il a donc fait venir la vieille dame (véridique !) qui nous a dit que sa mère était infirmière au « château » !

Tout s’éclaircissait, à Moreuil il y avait un château qui avait accueilli pendant la Première Guerre un hôpital de campagne… Mais ce château avait subi beaucoup de dégâts en 1917 et 1918 et avait été presque complètement rasé par les nazis en 1944. 

Nous nous sommes donc rendus au « château » dont il ne restait plus que les fondations et un portail d’entrée… Le portail par lequel François Dalbert avait dû entrer un jour d’octobre 1915.
La propriétaire actuelle nous a alors montré plusieurs dizaines de cartes postales, de gravures, de textes qui attestaient bien de la présence d’une « ambulance ». Une carte postale représentait même des soldats alités avec comme titre « château de Moreuil ». Le texte était celui d’un jeune soldat à sa fiancée dans lequel il lui précisait que le château était « aujourd’hui un hôpital ».

Ce fut un moment d’intense émotion car nous pouvions presque imaginer les convois de blessés arriver, les cris des blessés et les râles de mourants.

Cette visite a été un moment important car cela nous permettait de rendre hommage à cet homme qui était mort dans une bataille terrible et folle, il y a presque 100 ans aujourd’hui.

Et vous, avez-vous pu vous rendre sur ces lieux chargés d’émotions où vos ancêtres sont morts ?

Tags: Olivier Sabot

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