A propos du livre Fort Bayard de Bertrand Matot – Commentaires de R.Saby

Couverture du livre Fort Bayard de Bertrand Matot

Couverture du livre Fort Bayard de Bertrand Matot

Quand Bertrand Matot me contacte en 2010 à propos de son projet de livre sur Fort Bayard, je l’encourage vivement dans sa démarche. Je ne peux néanmoins que m’interroger sur ce qu’il va bien pouvoir raconter d’intéressant sur cet épisode oublié de l’histoire franco-chinoise. Au fil des mois, je vais suivre sa recherche et observer la constance de sa motivation, répondant de mon mieux à ses interrogations. Malgré les quelques informations que j’ai reçues de lui entretemps, je dois dire que son livre m’a surpris. J’ai eu beaucoup plus de plaisir à le lire que je m’y attendais. Le récit est intelligemment construit sur un enchainement de témoignages et de documents d’époque, et il se lit comme un roman. Un roman qui raconte l’histoire de la naissance, de la vie et de la disparition de Fort Bayard, ville ou fille métisse, comme on disait a l’époque, d’un « père » France et d’une « mère » Chine. A fil des pages l’auteur, devenu conteur, décrit les joies et les drames de cette ville trop humaine pendant les quelques quarante années de son existence dans la période la plus troublée de cette région du monde. De 1898 a 1945, tous les drames de l’histoire du sud-est asiatique sont passés par Fort Bayard et ses territoires. Ce livre devrait intéresser bien au-delà du petit cercle des spécialistes et des historiens car on y retrouve justement l’intemporelle et universelle condition humaine avec tous les excès de ses passions. Pour le petit nombre d’occidentaux qui échouèrent là, la confrontation violente au pays fut un terrible miroir qui révéla leur véritable nature. La chose est encore très vraie aujourd’hui. Bertrand Matot qui avait déjà démontré ses talents de chercheur dans son livre, salué par la critique, « La guerre des cancres », nous prouve encore dans ce nouvel ouvrage sa capacité à faire parler les archives. Au-delà d’un travail d’historien, il nous révèle les compétences d’un véritable détective du passé. Et, ce n’est, sans doute pas un hasard, si dans la rigueur de son enquête, il nous apporte une nouvelle piste très surprenante, qui pourrait apporter une réponse finale à la question trouble de la mort d’Albert Londres.

Robin Saby
Délégué Chine de l’Association aux Marins