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Le Souvenir Francais de Chine

L'histoire des Francais de Chine racontée autrement…

Chongqing – Caserne « Commandant Odent »

Posté par Claude Jaeck le 15 novembre 2014

L’arrivée à Chongqing de la canonnière française Olry, le 13 novembre 1901, marque le début de la présence de la marine française sur le Haut Yangzi. La problématique qui se pose alors au lieutenant de vaisseau Hourst, commandant l’Olry, est de trouver pour son bâtiment un poste d’amarrage sécurisé différent de celui des anglais, qui avaient opté pour Longmen, sur la rive droite du Yangzi. Restait également la question de pourvoir au casernement de l’équipage et au stockage du matériel. L’absence de concession française ou internationale interdisait la possibilité de s’amarrer sur la rive gauche, au pied de la cité chinoise. Odent1
Le lieutenant de vaisseau Hourst opte pour un mouillage à Wanjiatuo 王家沱, sur la rive droite du Yangtzi, en aval de Chongqing et de Longmen. L’endroit présente l’avantage d’offrir un mouillage sécurisé avec une falaise rocheuse qui constitue un abri capable de briser le courant, où l’Olry vint s’amarrer à partir du 16 novembre. Par ailleurs, les environs sont occupés par La Société française du Setchouan qui possède des magasins inoccupés à cette période. Le directeur de la Société, ingénieur des mines et ancien membre de la Mission Lyonnaise en Chine, accepte de mettre une partie de ses installations à la disposition de la Marine afin d’y loger son personnel et d’entreposer son matériel. C’est une installation provisoire qui permet à la canonnière de passer l’hiver 1901-1902. La situation est régularisée par Frédéric Haas, consul de France à Chongqing, qui télégraphie en France pour faire ratifier cette occupation momentanée. Pour s’installer de façon durable, le lieutenant de vaisseau Hourst envisage la construction d’une caserne permettant à l’Olry de disposer d’une base, et le projet est immédiatement soutenu par l’amiral Pottier, alors commandant en chef de l’Escadre française d’Extrême-Orient.
Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine, met à la disposition de Hourst un crédit de 100 000 francs, somme généreuse prise sur le budget de la colonie. Il ne lui reste plus qu’à trouver le terrain. Le seul à vendre se trouve justement en face du mouillage de l’Olry mais il présente l’inconvénient d’être en pente brusque sur un terrain argileux. En revanche, son relatif éloignement de la cité chinoise devrait éviter « les éventuelles manifestations xénophobes tout en permettant de se porter au secours du consulat français et de la mission catholique ». La Marine acquiert le terrain pour la somme de 1800 taëls .
La construction commence en mars 1902. La participation de Hourst à l’ouvrage est totale, supervisant les moindres détails. Le danger des crues l’oblige à construire des soubassements « cyclopéens, allant partout chercher la roche et dressant, face au fleuve, un mur en bloc énormes de près de dix mètres de hauteur ».
Le 2 octobre 1902, Hourst note que la construction ne monte pas aussi vite qu’il l’aurait voulu. La surveillance des travaux demande « une attention de tous les instants », ce qui lui fait dire que « pas une pierre n’a été posée sans que je l’ai au préalable vérifiée. On a beaucoup construit à Wanjiatuo, mais on a encore plus démoli peut-être, au grand désespoir de mes entrepreneurs, dont le concert de lamentations accompagnait toujours mes visites à nos établissements » .

Construction 1902 – 1903 Source : Dans les rapides du Fleuve Bleu

Construction 1902 – 1903
Source : Dans les rapides du Fleuve Bleu

Maison de la Marine à Chongqing (vue intérieure) Source : Les canonnières de Chine 1900-1945

Maison de la Marine à Chongqing (vue intérieure)
Source : Les canonnières de Chine 1900-1945

Du porche, on accède au Fleuve par un grand escalier de pierre, aux marches larges et profondes, que les matelots pouvaient gravir à cheval aux périodes de basses eaux. Solidement assis sur un mur de soutènement de 10 m de haut, le bâtiment s’élève à 30 m au-dessus des basses eaux du Yangzi, hauteur juste suffisante pour le mettre à l’abri des grandes crues.
La caserne, communément surnommée la Bastide, puis la Bastille, 法国水师兵营 en Chinois, hébergera les équipages successifs de l’Olry et du Takiang. L’arrivée du Doudard de Lagrée en 1909, restreindra le logement aux seuls officiers.
En 1928, en mémoire du commandant de la canonnière Balny décédé à Chongqing d’une crise cardiaque le 26 septembre, la caserne est officiellement baptisée Caserne Commandant Odent.
Le 18 septembre 1940 : « la canonnière Balny est désarmée à Wanjiatuo. Le matériel mobile est mis en dépôt à la caserne » .
Le 26 novembre 1940 : « les derniers éléments de la flottille du Yangzi quittent Chongqing et rejoignent l’Indochine. La caserne Odent devient alors la résidence de la délégation diplomatique française auprès du gouvernement nationaliste puis la France se désintéresse de l’établissement jusqu’en février 1945, date à laquelle il semble qu’il ait été occupé par le colonel attaché de l’air. Occupation provisoire puisqu’en septembre, un officier de marine venant passer l’inspection de la caserne la trouve solide et en bon état concernant le gros œuvre, mais vidée de tout son mobilier qui avait été « littéralement pillé par les divers services de l’Ambassade et du Consulat ». Un maître fusiller assurait alors la garde du bâtiment où logeaient cinq étudiants français venus étudier le chinois » .

« Devant les bureaux de la Marine, à Tchoung-King sur le Yang-Tsé, à 1400 milles de la mer Les estafettes en col bleu montent et descendent à cheval le grand escalier." Source : l'Illustration du 27 novembre 1926

« Devant les bureaux de la Marine, à Tchoung-King sur le Yang-Tsé, à 1400 milles de la mer
Les estafettes en col bleu montent et descendent à cheval le grand escalier. »
Source : l’Illustration du 27 novembre 1926

Détail de la toiture de la porte d’entrée

Détail de la toiture de la porte d’entrée

Plaque commémorative vers 1906-1908 ?

Plaque commémorative vers 1906-1908 ?

La même plaque en 2000

La même plaque en 2000

Inscriptions portées sur la plaque commémorative :

Construit en 1902-1903
par ordre du V. A. Pottier
Commandant en chef d’escadre
des mers d’Extrême-Orient
avec une subvention allouée
par M.P. DOUMER gouverneur général de l’Indochine

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Tags: Caserne "Commandant Odent", Chongqing, Plaques commémoratives

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