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Le Souvenir Francais de Chine

L'histoire des Francais de Chine racontée autrement…

UN ORIENTALISTE FRANÇAIS, CHARLES-EUDES BONIN (1865-1929)

Posté par admin le 21 juillet 2016

ARTICLE PUBLIÉ LE 28/01/2016 sur le site « Les Clés du Moyen Orient »
Par Stéphane Malsagne
http://www.lesclesdumoyenorient.com/Un-orientaliste-francais-en-terre-d-islam-Charles-Eudes-Bonin-1865-1929.html

A l’occasion de la parution chez Geuthner de son ouvrage Au cœur du Grand Jeu, la France en Orient, Charles-Eudes Bonin (1865-1929) explorateur-diplomate, Stéphane Malsagne revient pour Les clés du Moyen-Orient sur la vie et la carrière de cet explorateur et diplomate français pendant la troisième république.
Stéphane Malsagne est agrégé et docteur en histoire de Paris-I-Panthéon-Sorbonne, chargé de cours à Paris-Sorbonne (Paris-IV). Il est également l’auteur de Fouad Chéhab 1902-1973, une figure oubliée de l’histoire libanaise, publié en 2011 aux éditions Karthala-Ifpo.
Pour de nombreux historiens contemporanéistes, Charles-Eudes Bonin (26 juin 1865-29 septembre 1929) est un illustre inconnu. Pour certains, il n’a longtemps été qu’un nom parmi d’autres dans la très longue liste des explorateurs, diplomates et orientalistes français de la Troisième République. Pour d’autres enfin, il se résume à une note de bas de page, voire une simple référence bibliographique. Sa carrière achevée brutalement par une mort subite à l’âge de 64 ans, est pourtant d’une richesse inédite. Elle reflête à la fois le parcours d’un grand explorateur français, mais aussi celle d’un diplomate de la Troisième République dont le profil est à plus d’un titre original. Une partie des écrits publiés de Charles-Eudes Bonin est aujourd’hui accessible et même encore utilisée par la communauté scientifique contemporaine au point de devenir des incontournables pour certains champs d’études, à la fois pour les arabisants comme pour les asiatisants. Il en va ainsi entre autres de ses notes détaillées sur « Les mahométans du Kansou et leur dernière révolte », sur « Les grottes des Mille Bouddhas », ou encore, sur le « chemin de fer du Hedjaz ».

Fils de médecin, poète durant sa jeunesse, proche des milieux littéraires symbolistes avec Mallarmé pour chef de file, chartiste, explorateur, orientaliste, proche des milieux coloniaux, photographe, diplomate et ami de personnalités influentes comme Philippe Berthelot, l’homme se révèle sous de multiples facettes. Son itinéraire est assez singulier dans la grande masse des diplomates français de la Troisième République. Il appartient en effet à la double catégorie des diplomates écrivains et celle des explorateurs devenus diplomates. Rien ne le disposait en effet à devenir l’un des témoins et acteurs privilégiés des grands bouleversements géopolitiques mondiaux de la fin du XIXème et du début du XIXème siècle.

Explorateur et diplomate en Chine, ses relations avec les musulmans chinois

Le traité de Shimonoseki (1895) amorçait d’autre part le démantèlement de l’empire chinois (break up of China) et la xénophobie anti-occidentale qui s’y développait rendait les expéditions européennes de plus en plus périlleuses. Bonin connaissait les dangers encourus, mais il ne recula jamais face aux dangers. S’il n’est pas le seul Français à cette époque à parcourir le Turkestan chinois et les contrées tibétaines, ses expéditions dès 1895 comptent parmi les principales missions d’explorations françaises en Asie centrale à l’extrême fin du XIXème siècle. Comme explorateur, il passe de très peu à côté de découvertes archéologiques majeures, comme les trésors de la grotte des Mille Bouddhas de Dunhuang, dont le déchiffrage contribua à la réputation ultérieure du sinologue Paul Pelliot. Malgré tout, Bonin revendiqua à juste titre d’avoir été le premier à trouver la localisation exacte de la source du fleuve Rouge, à découvrir la boucle du Yangzi, à expérimenter de nouveaux intinéraires dans la traversée de la Chine. Il partit également à la recherche du tombeau de Gengis Khan ou encore des traces des communautés nestoriennes de Chine. En véritable ethnologue, il s’intéressa particulièrement sur place à des peuples minoritaires des Marches tibétaines alors peu connus en Occident : Yi (Lolo), Naxi (Mosso) et Hui (musulmans de Chine) marginalisés par l’empire Qinq et dont les rébellions ne cessèrent de se développer tout au long du XIXème siècle.

La place particulière que Bonin occupe dans l’histoire des explorations en Asie centrale à la fin du XIXème siècle vient sans doute de la production importante de notes qu’il tira de ses voyages. Il diffusa en effet de manière éparse une partie importante de ses récits de voyage, ainsi que des textes purement historiques ou géographiques dans d’importants journaux et périodiques français à caractère colonial ou à vocation scientifique. En 1911, il publia son seul ouvrage, Les Royaumes des Neiges (États Himalayens), chez Armand Colin.

Bonin est l’un des rares Français connaisseurs de la région à basculer par la suite dans la diplomatie. C’est le deuxième temps de sa carrière. Dès la fin de l’année 1900, il sollicite en effet son entrée dans la carrière consulaire. Il connaît, par le jeu des promotions internes, une ascension particulièrement spectaculaire, au point d’être nommé dès 1919, après dix huit ans de service, ministre plénipotentiaire de 2ème classe. Comme diplomate, il ne fit souvent que concrétiser sa démarche d’explorateur au service du renforcement de l’influence française.

À partir de 1901, commence une belle carrière diplomatique exclusivement gérée par le Quai d’Orsay. Nommé consul à Pékin en 1901, après le sac de la ville par les Boxers et la fuite de la Cour à Xi’an, Bonin est l’un des témoins privilégiés de l’état d’affaiblissement de l’empire chinois que le protocole Boxer contribua à rendre de plus en plus dépendant des puissances occidentales. Il est en outre l’auteur d’un rapport détaillé et assez pathétique sur la mort de Li Hong Zhang, l’ancien vice-roi du Zhili, l’une des personnalités les plus puissantes de la Cour impériale. Fort de sa bonne connaissance des milieux musulmans chinois remontant à son expérence dans le Gansu en 1895, Bonin se voit chargé par son supérieur Paul Beau d’une « mission spéciale » auprès des dignitaires musulmans de Pékin. Après l’échec d’une mission ottomane en Chine dont l’objectif initial était de renforcer l’allégeance des Hui à l’égard d’Istanbul et de les encourager à déposer les armes face aux Occidentaux lors de la guerre des Boxers, la France tenta de récupérer à son profit la capacité mobilisatrice de l’islam chinois. Bonin rentra en relation avec les ahund (responsables musulmans) pékinois avec qui il tissa un réseau de relations étroites. Dans le contexte de la remise en cause du protectorat français sur les catholiques en Chine et face aux répressions dont la communauté musulmane chinoise fit régulièremet l’objet de la part du pouvoir impérial, les responsables musulmans pékinois allèrent jusqu’à réclamer auprès de Bonin la mise en place d’une forme de protection française des intérets de l’islam chinois. Dans ses rapports, Bonin pensait et recommandait clairement de faire des musulmans de Chine une véritable clientèle de la France, au moment où se concrétisait de plus en plus le projet stratégique de chemin de fer du Yunnan, province où la communauté musulmane est particulièrement nombreuse.

Secrétaire d’ambassade en 1902, Bonin revient un moment en Indochine, puis quitte l’Extrême-Orient en 1904. C’est entre 1902 et 1904 qu’il tente concrètement de mettre en application son projet de faire de l’islam chinois un instrument au service des intérêts français en Chine. Il s’emploie ainsi à défendre l’idée d’une garde musulmane recrutée par la France pour la protection du chemin de fer du Yunnan.

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