14 août 1917 : La Chine déclare la guerre à l’Allemagne

Contexte historique
En Chine, la République qui a mis un terme en 1911 au régime impérial, est encore très instable. Les gouvernements se succèdent, et le pouvoir politique de Pékin n’a pas autorité sur tout le territoire.
Le pays est divisé entre des « seigneurs de la guerre » qui se disputent le Nord, et un gouvernement républicain qui contrôle le Sud.
Les puissances occidentales et le Japon, quant à elles, ont un appétit toujours plus grand : ouvertures de nouveaux territoires, octrois de concessions de chemins de fer, de mines, etc. C’est la politique dite de la canonnière et la période des « traités inégaux ».

Le Japon s’empare du Shandong
Dès que la guerre éclate en Europe, le Japon se décide rapidement à rallier l’Angleterre, la France et la Russie, et déclare la guerre à l’Allemagne le 23 août 1914.
Il s’agit d’un calcul diplomatique : les Japonais n’interviendront pas directement dans le conflit en Europe mais veulent étendre leur sphère d’influence en Asie et dans le Pacifique. Pour ce qui est de la Chine, ils veulent s’emparer des intérêts allemands dans la province du Shandong.
Le 13 septembre, leurs troupes prennent possession de la voie ferrée sous administration allemande reliant Qingdao à Jinan, conquièrent Qingdao le 7 novembre, et s’emparent de tout le territoire du Jiaozhou le 10 novembre.

La Chine déclare la guerre à l’Allemagne
La Chine doit-elle participer au conflit ? Si oui, de quel côté ?
Après de nombreuses tergiversations, minés par les conflits internes, ce n’est finalement qu’en 1917, à la suite des Etats-Unis et en raison de la guerre sous-marine que l’Allemagne a décidé de livrer aux pays neutres, que le gouvernement de Pékin s’engage dans une alliance avec la France, l’Angleterre, la Russie et les Etats-Unis. Celui-ci rompt ses relations diplomatiques avec l’Allemagne en mars 1917, puis lui déclare officiellement la guerre le 14 août 1917.
Une participation chinoise aux combats en Europe est envisagée : souhaitée par la France, le Royaume-Uni s’y oppose. Il s’agirait d’un aveu de faiblesse et d’un bien mauvais signal donné à ses colonies…

Les combattants chinois dans l’armée française
La Chine ne participera donc pas aux combats de la Grande Guerre.
Toutefois, à titre personnel, six Chinois s’engagent dans l’armée française : ils combattirent sous le drapeau du régiment de marche de la Légion étrangère.
L’un d’entre eux, Ma Yi Pao, a succombé à ses blessures le 2 septembre 1918.
Mort pour la France, il repose dans la nécropole nationale de Vic-sur-Aisne, dans l’Aisne.

Les travailleurs chinois de la Première Guerre Mondiale
En revanche, dès 1915, de manière officieuse, la Chine envoie des travailleurs en Europe, pour soutenir l’effort de guerre des alliés.
Près de 140.000 gagnèrent le front de l’Ouest (96.000 employés par l’armée anglaise, 37.000 par l’armée française, le reste par l’armée américaine), 200.000 gagnèrent le front de l’Est en Russie.
Sur le front occidental, assimilés aux « travailleurs coloniaux », ils furent affectés à l’arrière (manutentions dans les ports, ateliers, usines, etc.) mais aussi dans la zone de guerre (travail dans les tranchées, logistique, etc.).
Après l’armistice, ils travaillèrent également à la reconstruction, à la recherche de sépultures et aux créations de cimetières militaires.
Environ 3.000 d’entre eux choisirent de rester en France et créèrent ainsi la première communauté chinoise en Europe (dans le quartier de la Gare de Lyon à Paris).
Le cimetière chinois de Nolette, contient 850 tombes de ces travailleurs – morts de maladies ou suite aux attaques allemandes.

Le « Mouvement du 4 Mai »
Finalement, l’engagement du gouvernment de Pékin dans la Première Guerre Mondiale sera bien mal récompensé.
En 1919, le Traité de Versailles stipulera que « l’Allemagne cède à la Chine tous les bâtiments, quais et appontements, casernes, forts, armes et munitions de guerre, navires de toutes sortes, installations de télégraphie sans fil et autres propriétés publiques, appartenant au Gouvernement allemand, qui sont situés ou qui peuvent se trouver dans les concessions allemandes à Tien-Tsin (Tianjin) et Han-Kéou (Hankou) ou dans les autres parties du territoire chinois. »
Cependant, les intérêts allemands au Shandong passent au Japon : « l’Allemagne renonce, en faveur du Japon, à tous ses droits, titres et privilèges concernant notamment le territoire de Kiao-Tchéou (Jiaozhou), les chemins de fer, les mines et les câbles sous-marins qu’elle a acquis, en vertu du traité passé par elle avec la Chine, le 6 mars 1898, et de tous autres actes concernant la province du Chantong (Shandong) ».
La Chine qui, en s’engageant dans la Grande Guerre, croyait pouvoir rehausser son prestige et commencer à mettre fin aux privilèges des étrangers sur son territoire, est, une fois de plus, humiliée. Un soulèvement, connu sous le nom du « Mouvement du 4 Mai » se déclenche alors et le gouvernement se refusera, sous la pression populaire, à signer le Traité de Versailles.
Le Chine allait sortir de sa torpeur et s’éveiller… Le nationalisme chinois était né.

David Maurizot.