Le 14-Juillet au temps de la Concession française de Shanghai

Le 14-Juillet. Fête nationale depuis 1880. Au fil de l’histoire un vrai rituel patriotique s’est peu à peu établi : on associe cette journée au grand défilé parisien le long des Champs-Elysées, aux feux d’artifice qui ont lieu dans quasiment chaque municipalité de France, et parfois au bal du village…

Mais, au temps de la Concession française de Shanghai, comment célébrait-on le 14 Juillet ?

La Une du Journal de Shanghai le 14 juillet 1938

Veille de fête

Les célébrations commençaient la veille, dès le 13 juillet, avec l’illumination des bâtiments les plus importants de la Concession : en particulier le Consulat sur le Quai de France. Des arcs de triomphe étaient élevés le long de la Rue du Consulat (Jinling Dong Lu) et de l’Avenue Joffre (Huaihai Lu), et une marche aux flambeaux, pour les enfants, se finissait au Parc Koukaza (Fuxing Gongyuan). Si le temps s’y prêtait, la foule était au rendez-vous, les rues et le parc étaient alors noirs de monde.

 

14 Juillet

Tôt le lendemain, en général dès 8h, une revue militaire avait lieu au Parc Koukaza, avec des tribunes élevées le long de l’allée principale à l’ombre des platanes. Les troupes étaient passées en revue, des décorations étaient remises, puis les forces françaises de Shanghai (y-compris les pompiers pour la plus grande joie des enfants) défilaient devant la foule des officiels et des curieux.

Revue des troupes au parc Koukaza

Vers 11h, le Consul Général recevait ensuite dans les jardins du Consulat tous « les Français, les protégés français et les amis des Français ». L’affluence était toujours extrêmement nombreuse. Une cérémonie de salut au drapeau avait d’abord lieu : avec garde d’honneur et fanfare militaire jouant « Au Drapeau » et « La Marseillaise ». Puis le Consul levait son verre à la « prospérité de la France » et tout ce monde profitait alors de l’orchestre installé sur la véranda tout en sirotant son verre de champagne.

Le salut au drapeau dans les jardins du Consulat

Peu après midi, la réception au Consulat s’achevait et Monsieur le Consul partait rendre d’abord visite au Cercle Français, petit club d’hommes influents de la Concession et exclusivement Français, où son président l’accueillait. Il y prononçait un court discours.

Ensuite, le Consul Général prenait la direction du Cercle Sportif Français, le club le plus en vue de tout Shanghai, où depuis 13h tous les membres l’attendaient dans la grande salle de bal pavoisée exceptionnellement aux couleurs de France. A peine arrivée et accueilli par le président du Club, il prenait alors la parole et, pour une dernière fois dans sa longue journée, il finissait tout en levant son verre : « Mesdames, Messieurs, je lève mon verre à la prospérité de la France. Vive la France ! »

La salle de bal du Cercle Sportif Français un jour de fête

La fête officielle prenait alors fin, laissant la place à une célébration plus populaire et sans retenue : le Cercle Sportif résonnait durant tout l’après-midi, jusqu’à un grand dîner le soir. Cette longue journée ne se finissait que très tard dans la nuit, en dansant au rythme de l’orchestre sur le « roof garden »exceptionnellement illuminé.

Réjouissances sur le « roof garden » du Cercle Sportif (14 juillet 1936)

 

Source : Le Journal de Shanghai